Trente-cinq années sur Terre

Temps approximatif de lecture : 2 minutes

Anick-Marie 35 ans

À soir c’est mon anniversaire
Ben oui r’garde donc j’ai trente cinq ans
Je sais je sais j’en ai pas l’air
Pis j’t’encore plus jeune par en dedans


Déjà six mois que je suis au Québec

Le temps a filé, insaisissable, à peine tangible. Les saisons se sont culbutées dans le désordre, l’été à Noël et les tempêtes du mois de mai.

J’ai mûri.

Si au départ je ressentais l’exil, j’ai enfin compris pourquoi j’étais ici. J’y ai vécu un passage sans ses rites, comme le temps qui ne demande pas la permission pour s’installer.

J’ai trouvé des réponses.

De nouvelles valeurs se sont enracinées : la continuité, la transmission.

Trente-cinq ans

À vrai dire, je ne croyais pas m’y rendre. J’ai souvent perdu confiance, comme quand j’ai voulu mourir à 11, 15, 17 et 19 ans, comme quand j’ai rasé mon crâne deux fois par amour pour mon âme-frère qui a rendu son âme sans jamais la vendre. Je n’ai plus peur de mourir ni même de perdre. Je ne peux pas rattraper la vie qui court.

J’ai vécu ma vie un cours à la fois, un coup de pédale à la fois, un kilomètre à la fois.

C’est pas fini

Il me reste encore quelques kilomètres à parcourir pieds nus.  Il me reste encore quelques fleurs à engraisser, à tailler et à contempler, et puis des graines à faire germer. Heureusement, j’ai un jardin, à présent : trois petits bacs de plastique, pour commencer, et de l’amour, beaucoup d’amour.

On est responsables de ce que l’on a apprivoisé


Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douceur du silence d’un éternel repos, mais…

Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète


Le don de soi et la gratitude ne me suffisent plus

Pour survivre, je me suis catapultée trop jeune hors de ma famille. Ce n’est qu’adulte que j’ai été adoptée par d’autres familles de par le monde.

J’ai voulu être à la hauteur de ces femmes et ces hommes qui m’ont accueillie, pour qu’ils soient fiers de moi, pour qu’ils ne regrettent jamais leur choix de m’inclure parmi les leurs. J’ai voulu que mes particularités s’épanouissent, que mes taches de vie se composent en un tableau agréable qui décore les salons et qui laisse songeur. Ces familles m’ont formée, m’ont façonnée et ma reconnaissance n’a d’égal que mon amour pour eux.

À défaut d’avoir un intérêt pour la maternité, j’ai voulu moi aussi apprivoiser de petites fleurs et les adopter, des roses sur ma planète à arroser, à protéger, à défendre farouchement de mes crocs de louve.

J’en ai trouvé

Je suis fière d’elles

Je suis fière d’ailes

 


Et dans la solitude de ce nouveau désert
J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais…

Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui le veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur



Les citations sont issues de deux chansons des Colocs : Le répondeur, La comète

 

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4 Commentaires for “Trente-cinq années sur Terre”

dit :

Merci, Globestoppeuse, même pour beaucoup de ceux et celles que tu n’as pas rencontré/es, tu es un belle tâche de rousseur au tableau, inspirante, encourageante, et sensible. Moi j’ai eu trente ans cette année, un cap aussi, et j’attends un bébé… Je ne savais plus trop quoi écrire sur mon blog de voyageuse qui voyage beaucoup moins, mais je crois que je n’ai pas besoin de chercher trop loin.
Merci encore.

Patrice Dion

dit :

Bonjours à toi Anick-Marie. Je suis camionneur d’occasion et voyageur d’occasion par le fait même. J’écoutais une émission de radio à radio-canada, je crois, aujourd’hui le 24 juillet. Tu faisais de l’auto-stop avec une journaliste donc je ne me rappelle plus le nom. Tu te rendais chez ta mère adoptive dans le coin de Drummundville.

Cela fait plusieurs mois et même années que je cherche à voyager d’une façon ou d’une autre à travers plusieurs pays. Je suis à la recherche de mon confort intérieur. Je ne suis pas heureux lorsque je reste au même endroit pendant un temps donné. Je ne suis pas non plus carriériste. Je me promène d’un m;étier à l’autre aussi différent les uns des autres.

En 2004 je voyageais à travers la France et ses pays adjacents: la Suisse, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg aussi petit qu’il soit. Je partais seulement 2 mois, hébergé chez des amis que j’avais rencontré sur le net à l’époque. Je ne fus jamais vraiment seul. Mais découvrit plusieurs endroit et évênements que je n’aurais jamais visité par moi-même si je voyageais seul.

2011, j’explose et je me débarasse de presque tous mes biens. Je pars de Montréal en vélo avec mon chien Napo et je roule jusqu’à Edmonton en Alberta. cela me prend un mois et 28 jours. Il commencait à neiger et les températures baissaient rapidement. La brillante idée de partir en septembre, m’arrêta dans cette ville tranquille. Je roulais avec une remorque et Napo profitait du paysage. Lorsque les côtes se dressaient devant moi, je poussais le vélo avec Napo. 400 livres à transporter en vélo, ce n’est pas rien. Je me suis pesé à une balance provinciale en Saskatchewan.

Je vis 2 ans en Alberta et reviens à Montréal.

Depuis je succède travail et routine et je rêve chaque jour de quitter la cours pour bouger, pédaler, marcher et respirer l’air de l’inconnu. Ca me manque.

Je sentais le besoin de t’écrire. Je ne sais pas pourquoi.

Je travaille fort et l’année prochaine je décide de repartir quelque part. J’attend une opportunité. Je commence à chercher des gens sur les sites de correspondances.

A suivre….

Tu me semble tellement heureuse dans ton mode de vie et je t’envie. Tu m’encourage à reprendre où j’ai laissé. Je suivrai tes petites aventures.

A bientôt.

dit :

Coucou Pat,

Merci pour ton message et ton témoignage. Avec la vie de camionneur d’occasion, de voyageur d’occasion, est-ce que tu t’offres la vie d’un bonheur d’occasion en fibres 100 % recyclées ? 🙂

C’est bien de te lire. On se cherche beaucoup, les nomades. On se fait reprocher des tas de trucs aussi – pas assez d’engagement, on se fait taxer de parasites, on se fait envier pour les mauvaises raisons… La réalité c’est qu’on doit tout réinventer notre cadre de vie parce que rien n’est pensé à notre place, et ça prend du temps. Ça prend de se poser des questions de valeurs, de remettre en question certains concepts capitalistes qui ne rentrent pas dans notre vision du monde. Même sans délibérément ramer à contre courant, il faut ramer pour se donner le luxe d’arrêter le temps et de rester sur place, d’observer, de réfléchir. C’est pas facile. Faut se pardonner notre lenteur, nos incohérences, notre détachement apparent puisqu’en fait on s’accroche pour vrai à des choses plus creux sous la surface. Et même lorsqu’on est immobile, on est en mouvement par rapport au reste…

Je te souhaite de trouver un rythme qui te convienne, mais surtout, de continuer de chercher et de bâtir les solutions qui te permettent d’être un peu plus heureux et de recycler tout ce beau bonheur autour de toi.

Amicalement, Anick-Marie

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