Courrier: Quelques conseils pour le voyage en Turquie en stop

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Bonjour ! Je suis tombée sur un de vos articles, et j’ai vu que vous aviez notamment voyagé en Turquie, en stop. J’y vais cet été pour trois semaines, et je me demandais si vous pouviez un article ou un post dessus, ou si vous pouviez me donner quelques conseils par rapport à ce pays ?

Augusta


Bonjour Augusta,

Effectivement, j’ai voyagé quelques fois en Turquie par le passé :
– en auto-stop pendant deux mois en 2009
– à vélo à travers le nord du pays en 2013
– en y vivant trois mois à l’été 2015 me déplaçant encore une fois principalement en auto-stop.

Depuis quelques années, la situation géopolitique turque n’est pas simple. Le pays est coincé entre la crise des réfugiés et la guerre en Syrie… Sans compter la « situation kurde » et les dérives à mon sens d’un président autocrate qui plaît aux islamistes…

Après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 (je te laisse te faire une opinion sur cet événement), la Turquie est passée en état d’urgence pour plusieurs mois. Il y a eu des attentats terroristes à Istanbul, Ankara et d’autres villes dans les dernières années. Le pays n’a pas le meilleur score quant au respect des droits humains… Bref, il est particulièrement important de s’informer de la situation récente avant de s’aventurer dans certaines régions, afin de prendre des décisions éclairées en fonction du risque.

J’avoue que la Turquie est mon pays préféré pour ce qui est de la découverte culturelle et culinaire. J’aime particulièrement sa langue qui a très peu en commun avec les langues européennes. Elle est relativement facile à apprendre et à prononcer, ça vaut donc la peine d’en apprendre quelques mots, surtout si tu as l’intention de faire du stop.

Pour une auto-stoppeuse, la Turquie n’est pas vraiment un pays pour débutantes. Outre la barrière de la langue, les différences hommes-femmes sont exacerbées par rapport à la France ou l’Europe de l’Ouest. Une des conséquences est que l’on voit très peu de femmes au volant des voitures et que l’on est donc systématiquement pris par des hommes. Un autre facteur de stress est l’ubiquité de la prostitution sur les routes, surtout sur l’axe Istanbul-Ankara. Même avec le sac à dos, il nous faut souvent se tenir sur la défensive et être ultra-claire avec les conducteurs. Ça peut être épuisant à la longue.

Pour ces raisons, je prévoyais généralement des trajets assez courts, histoire de ne pas être prise au dépourvu. Je m’inventais aussi un mari qui m’attendait à la destination du jour, histoire de passer le message qu’une personne (et plus précisément un homme) m’attendait et qu’il y aurait des conséquences si je venais à disparaître. À mon sens, cela décourageait le crime d’opportunité et rassurait les personnes qui craignaient réellement pour ma sécurité.

Les gens en Turquie sont en général très hospitaliers et protecteurs. Pour l’auto-stop, c’est un peu le 5 étoiles : peu ou pas d’attente en bord de route, nourriture et thé à profusion, musique traditionnelle et films dans les camions, eau de cologne, surtout dans les camions… Il n’est pas rare d’être invitée spontanément dans une famille pour le repas ou pour la nuit ou d’être couverte de cadeaux au moment de quitter la voiture. Il peut être bien d’avoir quelques cadeaux à offrir également (des cartes postales ou des babioles de France, par exemple).

Il est toutefois inhabituel de voir une femme voyager seule, surtout en dehors des zones vacancières : les côtes égéenne d’Izmir à Bodrum puis méditerranéenne jusqu’à Adana. Les turcs ont aussi encore le vif souvenir du viol et meurtre de l’auto-stoppeuse italienne Pippa Bacca, ce qui les rend encore plus nerveux à l’idée d’une femme faisant du stop seule. Leur premier réflexe est de croire que nous sommes naïves et ne savons pas que c’est dangereux à cet endroit.

Enfin, lors de mon dernier passage, j’ai remarqué que quasiment TOUS les conducteurs voulaient m’ajouter « sur le Face » (Facebook). Prévois une réponse si tu veux éviter de gérer leurs demandes !

Anick-Marie