Conseils d’auto-stop au masculin

Temps approximatif de lecture : 18 minutes

auto-stop homme

Comme vous le savez, plusieurs hommes me suivent et interviennent sur mes billets et ma page Facebook. On m’a parfois demandé ce que je pense de l’auto-stop pour un homme. Ma réponse habituelle c’est que n’étant pas un homme, je ne peux pas vraiment savoir. Mais le fait est que je rencontre plusieurs hommes qui font du stop sur les routes et que je beaucoup de mes amis sont des auto-stoppeurs.

Certes, ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’être une femme et d’être prise rapidement par des conducteurs. Mais ce n’est pas une raison pour s’empêcher de faire du stop ! Alors j’ai demandé à mes lecteurs de me partager leurs meilleurs tuyaux pour les mecs qui voudraient tenter leur chance au bord des routes.

Je sais d’avance que ce billet va susciter des objections. Oui, je suis consciente que les hommes sont plus à risque d’être la cible d’agressions physiques et de vol en auto-stop. Saviez-vous qu’en France, les hommes sont presque deux fois plus victimes d’agressions physiques par des inconnus que les femmes (53 % contre 29%)*? De plus, alors que nous sommes souvent prises en stop par des âmes souhaitant nous protéger, l’auto-stoppeur masculin attend plus longtemps en bordure de route, exposé aux personnes mal intentionnées…

Loin de moi l’idée de dire aux hommes ce qu’ils doivent faire. Rappelez-vous que ces risques de violence sont déjà des risques avec lesquels ils doivent composer au quotidien. Au final, c’est à eux de faire leurs propres choix de faire ou ne pas faire de l’auto-stop.

ATTENTION ! Ces conseils s’adressent principalement aux hommes, mais pourraient parfois s’appliquer à des femmes.

*Insee : Femmes et hommes face à la violence (2013)

Les auto-stoppeurs experts

Voici les hommes qui ont bien voulu se prêter au jeu et vous livrer leurs meilleurs conseils, d’homme à homme.

Fred Jasseny – Français – 29 ansFred Jasseny Actisphere

Ce bourguignon bourlingue parfois en solitaire, parfois en compagnie de Fanny, sa partenaire sur le blog Actisphère.

Son intérêt marqué pour le voyage alternatif nous a amenés à échanger fréquemment sur le sujet. Retrouvez ses histoires d’auto-stop et découvrez son intéressant Manifeste pour un tourisme alternatif.

Frank Verhart – Néerlandais – 37 ansFrank Verhart

J’ai rencontré Frank autour des activités Couchsurfing du carnaval de Cologne en 2008 sans même me douter qu’il était l’homme derrière le principal site néerlandais sur l’auto-stop. Depuis, il est devenu contributeur sur Hitchwiki et un interlocuteur fréquent de Globestoppeuse, notamment quant aux statistiques et au stop de performance. En date de ce jour, il a parcouru 140 856,3 kilomètres en stop…

Colin en auto-stopColin – Français – 29 ans

Lecteur de Globestoppeuse, musicien et apprenti menuisier, Colin s’est porté volontaire spontanément. Il fait du stop depuis l’âge de 14 ans mais a réalisé sa première épopée sur une longue distance avec son frère au début de la vingtaine. L’auto-stop est depuis deux ans son principal moyen de transport et il l’a éprouvé lors de dix-huit mois passés en Asie et en Australie.


(cc) flickr/Michael Miller
(cc) flickr/Michael Miller

Conseils d’auto-stop
pour les hommes

Apparence & communication

Comment doit-on se vêtir et se présenter pour maximiser ses chances d’être pris ?

Frank : Des articles entiers peuvent être écrit sur les vêtements et la présentation de soi !

La présentation est tout ce que vous avez pour vous adresser aux conducteurs. Faire un contact oculaire avec le conducteurs, avoir une expression positive sur son visage, la tête découverte, les yeux visibles sans lunettes fumées, les mains visibles non gantées, des shorts ou pantalons courts quand le climat le permet… Il faut se montrer. La règle est presque de mettre moins de vêtements que d’ordinaire.

La couleur est importante. Le noir, marron et rouge sont des couleurs associées avec l’agression, le pouvoir ou la passion, ce qui n’est pas le mieux pour demander une ride. Le vert pâle est très calme, mais ne se voit pas de loin et le conducteur a moins de temps pour vous remarquer. Le jaune et l’orange sont des couleurs très visibles. Le blanc fait aussi l’affaire. Le jaune est le plus fiable, c’est aussi une couleur neutre et la plus visible de nuit. Ce n’est pas une coïncidence que les habits d’auto-stop sportif des clubs allemand, lituanien et russe soient principalement jaunes.

Colin : Je pense qu’il faut avoir au maximum un look neutre, pas trop baba-cool, pas trop gothique, pas trop caillera, et il faut sourire. Lorsqu’on fait du stop en bord de route, ça a moins d’importance car ceux qui s’arrêtent ont l’habitude de prendre des auto-stoppeurs, ils font donc moins attention au look. Par contre à une station service lorsqu’on va directement demander aux gens, l’apparence est plus importante et un look trop typé peut refroidir. Les gens sont méfiants et assez flippés, avoir un look passe-partout rassure et permet d’augmenter ses chances d’être pris par quelqu’un n’a pas l’habitude de prendre des auto-stoppeurs.

Fred : D’une manière générale, je pense qu’il faut éviter tout ce qui rappelle le look « tueur en série » du genre bottes et imper’ vert (sans mauvais jeu de mots), capuche ou chemise à carreaux rentrée dans le pantalon.. . Au contraire, mieux vaut se rapprocher du look « gendre idéal », plutôt passe-partout et sans excentricités.

Cela dit, quelque soit le look, le plus important reste le sourire. Par chance, c’est un langage international et il ne coûte pas un rond. Il faut aussi garder à l’esprit que les conducteurs peuvent nous voir bien avant que nous les apercevions.

Frank : D’ailleurs, si vous sollicitez aux stations-service, il faut d’abord que les gens vous aient vu avant de leur parler. Si vous faites une approche trop discrète par derrière, vous risquez de le surprendre et de trop le sortir de sa zone de confort, ça n’est pas la meilleure façon de lui demander une faveur…

Le timing est tout aussi important que l’approche. Lorsque les conducteurs interrompent leur voyage que ce soit pour faire le plein ou se reposer, dans la plupart des cas le meilleur moment pour leur faire une demande est juste avant leur départ, quand le plein est payé. Se positionner pouce en l’air à la sortie d’une station-service car, en général, c’est là où les conducteurs passent juste après leur départ. Ce n’est pas la pire option, sans être la meilleure non plus !

Fred : Lorsque je choisis l’autostop actif, j’essaie de me présenter ou d’entamer la conversation sans demander directement à être pris. En donnant quelques informations sur vous et votre personnalité, le conducteur sera plus enclin à vous dire oui, le moment venu. Un auto-stoppeur seul peut potentiellement effrayer une femme seule, surtout si vous avez un physique imposant (bon, ce n’est pas mon cas, mais j’y travaille). Dans ce cas, c’est d’autant plus important de ne pas s’approcher brusquement, parler doucement et utiliser l’humour.

Dans le cas de l’auto-stop passif, je suis pris beaucoup plus vite lorsque j’utilise un panneau avec une faute grossière dans le nom de la destination. Une femme ou un homme qui se marre est beaucoup plus disposé à prendre un inconnu dans sa voiture. N’oublions pas que tout se joue en quelques secondes ! L’humour, c’est la clé de tout !

(cc) flickr/Pieter Morlion
(cc) flickr/Pieter Morlion

Comment fait-on la conversation avec son conducteur pendant des heures ?

Colin : On la fait comme avec n’importe qui et on n’est pas obligé de parler pendant TOUT le trajet. Moi je ne suis pas un gros bavard, j’ai du mal à tenir une conversation pendant des heures même dans la vie de tous les jours, je ne suis pas quelqu’un qui a la tchatche.

Frank : Tout était un peu différent quand je débutais en auto-stop. J’étais moins confiant et les conversations me prenaient parfois tellement d’énergie que j’arrivais crevé juste de parler. J’espérais arriver à ma destination avec le moins de conducteurs possible. Encore aujourd’hui, je trouve ça plus facile que de répéter la même dix fois dans la même journée.

Fred : Personnellement, je préfère m’adapter à mon interlocuteur. S’il aime se confier, je prends plaisir à l’écouter et à lui poser des questions. C’est un moment privilégié qui me fait adorer l’auto-stop, cette opportunité de se confier librement à un inconnu est trop rare dans notre quotidien. Je ne suis jamais à court de conversation, il y a toujours une anecdote ou une histoire à raconter. Je m’adapte aux goûts de mon interlocuteur pour rendre le moment agréable. Certains auto-stoppeurs préfèrent éviter les sujets de religion ou de politique. Au contraire, je pense que l’on peut parler de tout, il suffit d’être tolérant.

Colin : Le plus souvent, les gens qui s’arrêtent sont seuls dans leur voiture, ils s’ennuient et ce sont eux qui vont trouver les sujets de discussion, ceux sont eux les bavards. Parfois, ça se passe bien et on ne voit pas le trajet passer tellement l’échange a été intéressant,mais parfois c’est long car pas un mot n’est échangé ou au contraire la personne était super bavarde mais inintéressante ou insupportable. Parfois, on est fatigué et on finit par s’endormir. J’évite, mais il est parfois impossible de lutter, surtout si on est à l’arrière et que les deux devant discutent entre eux). C’est comme pour le covoiturage en fait, il ne faut pas avoir peur ni du silence ni de la pipelette, ça se fait tout seul, il ne faut pas se mettre la pression.

Et si on ne parle pas la langue ?

Colin : … il y a l’anglais. Et s’il n’y vraiment pas moyen de communiquer, bah… Tant pis ! Ça m’est souvent arrivé en Europe comme en Asie et ça ne m’a jamais posé de problème. Le plus difficile dans ce cas là, c’est d’arriver à se comprendre quant aux directions et s’entendre sur le lieu de dépose. Le mieux, c’est de s’être préparé un minimum, de savoir où l’on va et d’avoir une carte ou un téléphone avec GPS.

Frank : La langue peut être un obstacle, mais j’ai de bonnes compétences linguistiques et je parle quatre langues et demi de quatre groupes linguistiques distincts, de sorte que je suis en mesure de comprendre la plupart des conducteurs de ces groupes linguistiques pour que ça fonctionne. Ce serait différent si je faisais du stop en Asie ou en Afrique, mais ça n’est pas mon cas, alors je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Dans les cas où je ne comprenais que quelques mots du conducteur, ça n’a pas posé de problème.

Fred : Si l’on ne parle pas la même langue, il faut alors passer aux langages universels – l’humour, la musique, la nourriture… J’allais dire l’amour, mais il ne faut pas exagérer ! À l’étranger, j’essaie d’avoir avec moi des photos pour pouvoir échanger et partager malgré la barrière de la langue.

barbeBarbe ou ne pas barbe, là est la question…

Frank : Je préfère être rasé sur la route et ça aide sans doute. Mais bon, les barbus se déplacent aussi en stop. Ça dépend à quel point le bénéfice d’être pris en stop rapidement surpasse l’importance qu’à votre barbe.

Fred : Dans un contexte de suspicion, une longue barbe peut sans doute effrayer, surtout en auto-stop passif. Même chose pour une moustache qui masquerait votre sourire ! Mais là encore, le plus important reste le comportement, le savoir-être.

Colin : Je porte la barbe, pas énorme, mais quand même une barbe et ça ne me pose pas de problème. J’ai fait du stop en Indonésie et en Inde, à deux, avec des gros barbus, et là pareil aucun souci. Il y a aussi le côté touriste qui joue et qui peut rassurer. Je pense qu’aujourd’hui, la barbe est tellement à la mode que ça ne fait plus peur aux gens. Par contre, j’ai les cheveux long et je les attache. Je n’ai pas noté une grande différence quand je les laisse détachés, mais je préfère le faire pour être le plus neutre possible. Puis bon, ça donne tout de suite moins chaud… Après, moi ça va, les gens me disent toujours que j’ai une bonne tête, donc ça aide.


(cc) flickr/Tobin
(cc) flickr/Tobin

Sécurité

Quels sont les risques principaux quand on fait de l’auto-stop en tant qu’homme ?

Colin : Les accidents de la route ? Se faire écraser par un camion ? Se faire détrousser peut-être ? Sur les centaines de conducteurs et conductrices qui m’ont pris, je ne me suis posé des questions sur ma sécurité que trois fois (mis à part au niveau de la conduite en Asie). Par deux fois je me suis demandé si j’allais me faire détrousser à l’arrivée et une autre fois je me suis demandé si je n’étais pas tombé sur un pervers. Et puis, au final, non, les histoires qu’on raconte m’avaient fait me faire des films.

Frank : Les risques potentiels pour les auto-stoppeurs sont d’abord les accidents de la circulation. Lorsque vous vous déplacez à pied, faites toujours face à la circulation, regardez toujours la route et les véhicules venant en sens inverse. Utiliser vos oreilles peut être tout aussi important que vos yeux si vous devez traverser une route dans une courbe, quand vous n’avez pas de visibilité au loin Les accidents pendant la marche sont le risque principal en auto-stop pour les hommes.

Fred : Le risque principal est de se faire emporter par « l’effet de groupe » et ainsi de baisser sa garde. Imaginez-vous sur un parking roumain avec une bande de routiers bulgares, à une heure tardive de la nuit. Partout autour de vous, on sort des tord-boyaux dans des bouteilles en plastique, récompense des longues heures d’ennui au volant. Il y a de la musique et tout le monde rigole. Après quelques verres, on peut potentiellement se croire invulnérable et prendre des risques. Par exemple : goûter un breuvage en premier (risque d’empoisonnement), s’éloigner du véhicule ou s’engouffrer dans un débat au risque de vexer et de provoquer de la colère…

Frank : Il y a d’autres risques comme le harcèlement, le vol et autres menaces imposées par le conducteur ou toute autre personne dans le véhicule. Personnellement, je perçois ces risques sont très faibles. Un conducteur gay peut s’intéresser à votre présence en tant que passager de façon inappropriée. J’ai un ami qui a arrêté sa courte carrière d’auto-stoppeur lorsque son conducteur a commencé à se masturber pendant le trajet.

Fred : L’attente étant plus longue pour les hommes, nous sommes davantage exposés aux personnes malintentionnées. Le risque de rester longtemps au même endroit est de les attirer vers soi. Je conseille de varier les spots où l’on attend au sein d’un même lieu et de faire connaissance avec les personnes qui nous entourent.
Après plusieurs heures d’attente, on a tendance à être moins difficile sur le choix des conducteurs. J’évite de monter avec plusieurs hommes au risque d’être trop vulnérable en cas de mauvaise rencontre, mais il m’est arrivé de déroger à cette règle après une longue attente.

voiture brouillard

Frank : Lors d’un arrêt, un conducteur peut partir avec vos bagages, alors que vous urinez. Il faut parfois laisser ses affaires dans la voiture le temps de se soulager… J’ai eu quelques moments de doute et de malaise à cause de ce risque, mais aucun conducteur ne s’est jamais enfui.

Quand un conducteur garde sa main près de son entrejambe, je ne peux pas m’empêcher de le surveiller de temps en temps. Je dois être prêt à l’avertir s’il tentait quelque chose contre moi.

L’auto-stop est moins risqué pour les hommes que pour les femmes. En fait, l’auto-stop pour les hommes seuls ne peut pas être sérieusement considéré comme une pratique à risque. Être un homme réduit instantanément vos risques de 80-90% par rapport au fait d’être femme.

Fred : Attention à ne pas se sentir pousser des ailes. Ce n’est pas parce que l’on a parcouru 5 000 km très facilement en Amérique du Sud que l’on doit ensuite relâcher sa prudence lorsque l’on effectue de petits trajets en France. Je ne sais pas vraiment si la prise de melon est spécifique à l’homme, mais je l’ai observée plusieurs fois. Imaginez que vous vous retrouvez encerclé par plusieurs personnes, l’avantage physique que nous confèrent les croyances populaires disparaît alors complètement. N’oubliez pas qu’en tant qu’homme nous sommes également sujets aux vols et agressions. Les chiffres le prouvent.

Frank : Votre conducteur va remarquer si vous êtes confiant ou si vous ressentez de la peur et sur le long terme, quelqu’un pourrait abuser de votre faiblesse. N’ayez pas peur, et si vous l’avez, ne la montrez pas pour préserver votre sécurité.

(cc) flickr/Michal Svec
(cc) flickr/Michal Svec

Comment se jouent les dynamiques de pouvoir avec les conducteurs ?

Colin : Je diras que ça se passe comme dans la vie, dans la rue ou dans un bar avec des gens qu’on vient de rencontrer.

Si la conversation dévie sur un sujet sensible ou dont on ne veut pas parler (politique ou sexuel par exemple) on la recadre en changeant complètement de sujet, en posant une question qui n’a rien à voir, ou en disant clairement qu’on ne veut pas en parler, que le sujet nous met mal à l’aise.

Quand je rentre dans une voiture, je ne veux pas déranger, je ne veux pas que le conducteur fasse un détour pour moi, enfin je lui fais bien comprendre que je me débrouillerai, que l’endroit de dépose qu’on a prévu me convient – je vérifie de savoir où je descendrai avant de monter dans un véhicule -, ce qui peut me placer en situation d’infériorité. Par contre si la personne commence à décider du point de dépose, a m’en conseiller fortement un qui ne me convient pas, je me débrouille pour revenir à ce qu’on avait dit au départ. Je ne suis pas soumis au conducteur, en discutant, en argumentant j’arrive à m’imposer, le point de dépose a été défini (plus ou moins) au départ, on reste sur celui-ci.

Fred : Pour moi, la dynamique de pouvoir se joue dès les premiers instants. Il faut être ferme et courtois et montrer que l’on va à un endroit précis et que l’on est attendu, même si l’on doit mentir. L’important est de ne pas laisser croire au conducteur qu’il est essentiel pour nous ou que l’on fait de l’auto-stop par dépit. Si l’on supprime les opportunités d’emprise sur sa personne, il n’y aura pas de dynamiques de pouvoir au fil du trajet.

Frank : Oui, certains conducteurs veulent dominer l’interaction dans le véhicule. Cependant, c’est une minorité et même si ce n’est pas agréable, on y survit toujours. Il ne faut pas essayer d’imposer votre opinion au conducteur car c’est assez désagréable. Comme auto-stoppeur, votre tâche est de réconforter le conducteur. C’est une question de respect. S’il est très important pour vous de dire à des étrangers ou des gens avec qui vous parlez la vérité absolue, l’auto-stop ne sera probablement pas très agréable pour vous. Si les gens veulent être racistes, je les laisse être en me rappelant que ce n’est tout simplement pas mon opinion. Mon intérêt pour cet étranger n’est pas si grand que je tiens à influencer sa vision, aussi stupide qu’elle me semble. Il est très opiniâtre ? Le silence est d’or ! Il n’est pas nécessaire d’alimenter la conversation si elle se révèle être un monologue insensé du conducteur … Ne lui en donnez pas la chance. Je ne suis pas sur la route pour entendre des conneries, je veux juste parcourir une distance ou aller quelque part.

Colin : En Asie il est arrivé plusieurs fois qu’on me demande de l’argent, ce que j’ai toujours refusé. Si on n’a pas parlé d’argent au départ, il est hors de question de payer à l’arrivé et encore moins si on a précisé que la course serait gratuite. Il m’est arrivé plusieurs fois de devoir débattre longtemps sur la question sans jamais céder, si on a été clair au départ je considère que je suis dans mon droit, que j’ai raison, je reste sur donc ma position.

On ne se soumet pas au conducteur en montant dans un véhicule, on ne fait pas ce qu’on veut non plus, mais ça se passe comme ailleurs, par la discussion. Et si vraiment ça ne va pas, on demande à s’arrêter, ça m’est arrivé quand je trouvais que la conduite était trop dangereuse.

autostop nuitFaites-vous du stop la nuit ?

Fred : Je l’ai fais plusieurs fois mais j’évite. Dans ce cas, je redouble de vigilance : auto-stop actif près d’un lieu public fréquenté et surtout éclairé.

Colin : J’évite, mais seulement parce que ça marche moins bien. Les gens sont plus méfiants la nuit, ils nous voient de moins loin, moins bien et ont moins le temps de nous jauger.

Frank : Bien que je fasse du stop principalement de jour, je n’évite pas d’en faire la nuit. Les journées sont parfois trop courtes pour la distance que je veux parcourir en une fois. Je n’ai pas envie d’interrompre un trajet parce qu’il commence à faire noir.

Quand il fait sombre, il faut porter des vêtements clairs et peut-être des lumières ou une veste réfléchissante. Les accidents de voiture sont le principal risque pour les hommes en stop !

Sur les trajets de longue distance, l’auto-stop n’est pas forcément plus lent que durant le jour puisqu’une plus grande proportion des conducteurs vont loin – il y a peu de traffic local sur les autoroutes la nuit. Pour ma part, la plupart de mes 10 plus longs trajets (700-1000 km) ont eu lieu la nuit. Faire du stop avec la lumière du jour est plus facile, après le coucher du soleil jusqu’en milieu de soirée souvent très faisable et la nuit est bien pour les trajets de plus de 500 km.

Si vous souhaitez vous arrêter la nuit, vous devez trouver un endroit où personne ne vous harcèlera parce que des gens vous ont vu (le personnel d’une station d’essence par exemple), loin des personnes malveillantes qui pourraient troubler votre repos.

Comment un homme peut-il réduire le risque d’agression quand il fait du stop ?

Frank : Je n’ai jamais vraiment eu peur, bien que j’aie eu quelques expériences de malaise. Mais les conducteurs se sont toujours arrêtés pour me laisser sortir si je le voulais. Cela dit, dans 99% des cas, il n’y a vraiment rien à craindre.

Colin : En ne montant pas dans avec des conducteurs qui semblent louches ou en demandant à se faire déposer plus tôt si vous ne le sentez pas. Connaissez la route à emprunter et gardez l’œil sur les directions. Appelez un ami au téléphone et dites-lui où vous êtes, avec qui et à quelle heure vous pensez arriver, ça peut faire réfléchir à deux fois un éventuel agresseur.

Frank : Je recommande de ne pas monter avec plus de deux hommes, sauf si vous savez qu’ils sont sûrs, comme une équipe de joueurs de football dans une fourgonnette ou un groupe de policiers. J’ai rencontré des policiers allant aux championnats de football européens aux Pays-Bas, mais ils n’avaient pas de place libre. 😉 Tout dépend du type de groupe. Si c’est trois jeunes hommes de 18-25 ans, je préfère refuser car ils sont plus de deux, mais aussi parce que je m’attends à un type de conversation que je n’apprécie pas, ce qui n’est pas tant lié à la sécurité.

Fred : Il faut faire attention aux moments où l’on « baisse sa garde ». C’est lorsque l’on est épuisé que l’on prend les pires décisions. Je conseille d’être en forme et pleinement en disposition de ses moyens intellectuels et physiques.
Il m’est déjà arrivé de ressentir un risque d’agression. Dans ce cas, mon réflexe est de décourager l’agresseur en me montrant sous un jour inquiétant. Par exemple, s’il commence à me raconter des histoires pour m’impressionner, je fais mine de ne pas être effrayé et je raconte le même genre de bêtises en encore plus trash. Soit il se calme en commençant à me craindre, soit il continue. Sachant que s’il continue, c’est potentiellement un psychopathe ! J’ai notamment utilisé cette technique au Brésil et en Turquie.

Frank : L’auto-stop est probablement plus sûr que de marcher dans certaines zones des grandes villes. Ne faites pas d’auto-stop au retour d’une nuit de fête, c’est beaucoup plus risqué que de faire une longue distance sur l’autoroute. Je ne prends pas d’arme avec moi quand je fais du stop. L’utilisation d’armes est potentiellement très dangereux et ne permet pas de vivre en paix. Ce qui arrive arrive, mais ces choses peuvent arriver dans d’autres situations de la vie. Utilisez vos yeux et vos oreilles et tout devrait bien aller.

Fred : Moi, lorsque je traverse une zone réputée dangereuse ou inquiétante, je transporte avec moi une bombe lacrymogène et un couteau. Le premier a l’avantage de ne pas blesser la personne (et donc d’éviter les problèmes judiciaires) et le second a un très fort potentiel d’intimidation.

Je conseille aussi de maîtriser quelques techniques de self-défense. En cas de risque imminent d’agression, les dégâts sont fortement diminués, ne serait-ce qu’en sachant se protéger ou « recevoir un coup ». Plus globalement, cela confère une confiance en soi qui est palpable. Les agresseurs potentiels choisissent en priorité quelqu’un d’hésitant.


(cc) flickr/sloneczna.pictures
(cc) flickr/sloneczna.pictures

Comportement & éthique

Est-ce qu’il y a des attitudes spécifiques à avoir auprès des conducteurs ?

Frank : Oui, nous sommes sur la route pour réconforter les conducteurs. Il est souhaitable de les respecter, même si je ne veux pas imposer une telle règle à tout le monde. Si quelqu’un veut exprimer ses opinions anarchistes aux conducteurs, vous le pouvez bien sûr, mais soyez conscient que certaines choses que vous faites pourrait ne pas améliorer l’attitude des conducteurs envers les auto-stoppeurs.

Colin : Toujours être sympa et poli. Avoir une hygiène propre, surtout lorsqu’il fait chaud ou qu’on fait du stop sur plusieurs jours. Toujours laisser une bonne image aux gens pour qu’ils reprennent d’autres auto-stoppeurs à l’avenir. Pas qu’ils disent à leurs potes « putain j’ai pris un connard de stoppeur, en plus il puait la transpi, j’ai dû ouvrir toutes les fenêtres ! »

stop hacheFred : Dans l’imaginaire populaire, un homme seul n’inspire de fait pas confiance. Pour rassurer les conducteurs, j’adopte une attitude rassurante. C’est dur à expliquer mais cela passe beaucoup par le regard et le contenu des discussions. Cela a aussi le mérite de détendre l’atmosphère lors d’une première rencontre.

J’essaie de me montrer compréhensif. Pour certains conducteurs, l’acceptation de l’auto-stop est progressive. Ils peuvent choisir de tester sur quelques kilomètres et répéter l’expérience si elle est concluante. Pensons alors aux prochains auto-stoppeurs qu’ils croiseront sur leur route !

Frank : En général, il faut se comportez décemment, d’autant plus si vous faites du stop pour voyager, car les histoires dans les médias ne nous rendent déjà pas la vie facile.

Est-ce qu’au contraire, il y a des choses à ne jamais faire ?

Fred : Le fait d’insister ou de montrer sa déception de n’avoir pas été pris de manière ostentatoire est selon moi très irrespectueux. Ce n’est pas à nous de juger quelqu’un qui ne souhaite pas prendre d’inconnu dans sa voiture. Cela ne fait pas de lui un égoïste. En se comportant ainsi, le risque est de conforter la personne dans son rejet de l’auto-stop.

C’est aussi une question de stratégie. Il m’est arrivé qu’un conducteur repasse et m’invite à monter dans sa voiture après avoir réfléchi en buvant un café.

Colin : Enlever ses chaussures ou mettre ses pieds sur le tableau de bord ? Manger ou fumer sans avoir demandé l’autorisation ? En fait que ce soit au niveau des attitudes à avoir ou des choses à ne pas faire, c’est comme dans la vie, juste du bon sens et du savoir vivre.

À votre avis, quelle est la chose qui échappe souvent aux auto-stoppeurs et auxquels ils devraient faire plus attention ?

Colin : Écrire en GROS sur leur pancarte pour être lu de très loin.

Frank : Faites vos pancartes sur du papier blanc avec des lettres noires, la première en majuscule et reste en minuscules, avec une bonne disposition. Ça double la lisibilité par rapport au carton brun et aux majuscules bleues de taille variable. Mais bon, c’est pas si important, faites comme vous voulez !

Fred : J’ai souvent remarqué que certains ne veillent pas à leur attitude globale. Il ne faut pas oublier que nous sommes constamment observés. Notre présence a quelque chose « d’inhabituel ». Pour tous les passants, travailleurs (ex. : personnel de station service) et autres conducteurs, nous représentons les auto-stoppeurs dans leur globalité. Ainsi, ne soyons pas seulement respectueux et courtois lorsque nous avons une personne en face de nous. Veillons à ne pas perturber l’environnement, au sens global, après notre passage.

Eh, les mecs ! C’est quoi vos meilleurs conseils d’auto-stop ?

au dela voyage

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3 Commentaires for “Conseils d’auto-stop au masculin”

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