D’espoir et d’abandon – Nouvelles

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Anick-Marie Oxford

J’ai passé un été en Europe, un été de plus dans ma vie de nomade. Je savais que je ne gagnerais pas d’argent, mis à part les royalties de mon bouquin (qui n’arriveront pas, faute d’une petit papier canadien que je ne peux pas produire avant décembre). J’avais 1000  € pour l’été en excluant les vols. J’avais envie de faire des choses pour moi, de reprendre l’écriture, de fermer des projets…

Comme d’habitude, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Après un été intense sur les route du Sun Trip 2013, j’avais besoin d’une pause, je pense. C’est fou comment même sans boulot fixe j’arrive à me lancer sur beaucoup de projets – apprentissage de langues, remise en forme, développement d’entreprise, bénévolat, cours universitaires, engagement personnel auprès d’amis… Et bien souvent, je suis aussi coincée par l’horaire que mes amis au mode de vie plus conventionnel.

J’aimerais bien travailler, mais j’ai trop de boulot.

Déboguer les vieux billets de mon blog, augmenter mon trafic, me remettre à poster, finir mon ebook du Sun Trip, mener à bien l’édition 2015 de ce même rallye, faire un festival de voyageurs, rencontrer des amis et des « fans », faire du stop, passer du temps avec ma famille adoptive… Tellement de buts tangibles et intangibles dont certains m’ont glissé entre les doigts !

 

Où en suis-je maintenant ? Je n’ai pas réouvert le eBook. La tablette neuve qui a remplacé l’ordinateur accidentellement bousillé par ma prof d’anthropologie est à peine fonctionnelle, piétinée par l’objet de mon idylle oxfordéenne. Il reste environ 60 articles à retravailler sur le blog pour que tout soit parfait. Le Sun Trip 2015 avance. Le Larzac m’a bien accueillie au festival de Roc Castel. Je n’ai pas commencé à démarcher les écoles pour la suite des conférences. Je suis de nouveau amoureuse et j’ai un projet de vie en France et … il y a mon objectif physique de l’année, ce demi-marathon qui m’attend à Montréal…

Mais voilà, j’ai beau me être une superhéroïne, je sais que je suis passée à côté de cet objectif. Je ne suis pas prête du tout. Je cours à peine, ces derniers jours, et lorsque je le fais, ça casse vraiment ma journée – je dors énormément. Comment puis-je être aussi peu décidée, aussi peu prête à relever le défi ?

Tout a commencé il y a environ un mois, avec une petite douleur au bas du dos, une impression d’avoir mes règles ou d’être constipée.

La douleur ne partait pas. À un moment, elle m’a fait réaliser que j’avais un os là, le sacrum, éternel oublié de la colonne vertébrale. La position assise me fatigue, la position couchée est douloureuse. En me tournant pendant la nuit, elle me réveille. La douleur a crû et ma fatigue également. La pointe de mon épuisement fut au festival de Roc Castel, parce qu’il se conjuguait à une énorme angoisse. Retourner au Québec plus tôt que prévu ? Voir un médecin en France et commencer l’investigation à grand frais ? Ce n’était pas tant le risque d’avoir chopé quelque chose qui me troublait que le fait de devoir prendre une décision à l’aveugle. Par chance, la femme de l’organisateur du festival était médecin. Après une petite discussion et une palpation, elle ne semble pas trop inquiète. Selon elle, ça serait une forme de kyste bénin (jamais malin à cet endroit). Des tests pour approfondir ? Oui, si la douleur augmente, faire un comptage de globules… En gros, elle m’a calmée.

De retour à la maison, munie du nom du premier suspect, je passe à l’attaque sur Google. Les thérapies alternatives ne sont pas légion, mais j’ai de l’argile et quelques huiles essentielles à portée de main. La douleur a diminué. Elle va, elle vient. Elle ne me laisse pas l’oublier. La solution avec ce type de kyste, c’est la chirurgie, avec une convalescence assez longue, sans doute trop longue si je souhaite retrouver un autre boulot au Québec et repartir en février-mars…

 

La douleur est faible quand je suis debout, que je marche ou que je cours. Par contre rouler à vélo est rapidement inconfortable. Pourquoi ça m’empêcherait de m’entraîner ? La fatigue que je traîne désormais avec moi me démotive. Je préfère être à la maison, m’étirer et puis m’entraîner musculairement, pour apprendre à marcher sur les mains. Le cardio, ça me vide.

Alors voilà, je renonce à ce demi-marathon. 2015 n’est pas le bon moment pour moi.

Mais j’ai besoin d’un plan de match. Je repars bientôt au Québec, pour quelques mois, et mes plans de « camp de base » européen se concrétisent, tout comme les projets d’entreprise.

J’ai pris un été plus doux, plus flemmard et plus égoïste, entre la douleur et les câlins de mon ours polaire en peluche. Il me faut bientôt reprendre la route, reprendre le rythme et refaire jaillir l’espoir.

calin ours polaire

9 Commentaires for “D’espoir et d’abandon – Nouvelles”

dit :

D’après ce que tu décris, il me semble que tu as eu le même kyste que ma soeur. Dans ma famille, ma cousine et mon frère l’ont eu aussi. Je l’aurai probablement un jour.
L’opération t’obligera certes à passer une à deux semaine dans l’inconfort mais pas forcément immobilisée. Je pense aussi que plus tôt il est enlevé, plus c’est facile. Je trouve que mieux vaut quand même consulter et savoir que d’attendre et d’ajouter à la douleur une angoisse même latente. Courage (si tu veux le nom du médecin qui l’a opérée à Bruxelles, envoie-moi un mail ou via facebook)

dit :

Merci Laurence, c’est gentil. Pour le moment, coincée entre mes deux territoires de vie, c’est au Québec ou j’ai respecté les exigences de la couverture maladie – j’y retourne et j’attendrai de voir la suite avec le médecin de l’université !

Geoffrey

dit :

Très beau portrait, si c’est d’actu, ça semble vraiment représenter ta situation à ce moment de ta vie. Vraiment cool!
C’est dommage ces histoires de santé qui t’empêchent de réaliser ce défi de semi-marathon.
C’est beau de voir que tu arrives à suivre de nombreux projets à la fois.
Espérons que ta santé aille mieux.
Prends soin de toi!

dit :

Alors finalement, pas de kyste. La douleur fantôme est restée, je m’y suis habituée et je la contrôle, mais elle n’a pas progressé. J’ai repris l’entraînement, mis à part une entorse à la cheville en juin. Je me sens reprendre des forces ! En ce moment, c’est l’expatriation. Je revois mon amoureux dans deux semaines, on prépare la suite de l’histoire… en France !

dit :

C’est bien de savoir renoncer/remettre/réenligner certains objectifs pour s’écouter, se sentir, se respecter physiquement et mentalement. On prend un temps d’arrêt, on se repose, on fait le plein d’énergie et on fonce à nouveau!

Pour le kyste, tu viens de faire remonter tout qu’un souvenir de kyste pilonidal qui s’est développé d’abord sur les routes de France, en plein voyage d’auto-stop/camping (1000CAD pour l’été), puis qui s’est amplifié sur les routes allemandes… qui a sérieusement miné mon moral, fait augmenter l’inconfort à un niveau terrible (marcher, c’était ouf la dernière journée, avant que je craque et me rende au premier hôpital croisé), et qui a failli entraîner un retour plus rapide que prévu au Québec.

Ya de ces petits bobos qui peuvent avoir un impact…

Prends bien soin de toi (et si c’est un kyste pilo, je compatis!).

😉

dit :

Alors tu me comprends… Il me reste une grande traversée de la France en stop (700 bornes environ) et je t’avoue varier déjà les positions et me tordre de douleur… Mais il ne reste que 5 jours et puis…. basta ! En espérant que l’attente ne soit pas trop longue pour une chirurgie…

Laisser un commentaire