La gestion du risque appliquée au voyage et à l’aventure : stratégies de sécurité face au danger

Temps approximatif de lecture : 7 minutes
Vous êtes dans un bar du centre-ville d’Istanbul.
Après avoir dansé une partie de la nuit, vous vous dirigez vers l’arrêt de dolmuş,
redescendant votre mini-jupe et pas très rassurée.
Une bande de jeunes se trouve entre vous et l’arrêt de bus.
Merde ! Pourquoi ne pas être rentrée en même temps
que trois de vos amis une demie-heure plus tôt ?
L’un d’entre eux se dirige vers vous…
Vous sentez que ça va barder  …
Vous marchez de bon matin dans sur un sentier en forêt.
Le paysage et magnifique, escarpé et déchiré.
Sans que vous ne vous puissiez réagir,
des pierres se détachent du flanc de la falaise au dessus de vous
et vous heurtent de plein fouet, vous brisant une jambe…
chutepierres

Le voyageur averti sait que des situations invraisemblables peuvent le mettre en danger. En fait, à chaque instant, le danger vous guette…

Et vous prenez des risques, parfois même sans le savoir…

Repérer le danger

Mais au fait, qu’est-ce que le danger ?

Le danger, c’est la présence d’une situation pouvant causer des dommages physiques ou matériels. 

On n’a généralement pas toute l’information pour nous permettre de savoir si on est en danger ou non. Par exemple, dans le premier cas ci-haut, il ne vous est pas possible de connaître à l’avance l’intention du jeune s’approchant vers vous : vous demander une cigarette ou vous amener dans un coin sombre…

Par contre, danger ou pas, vous sentez bien le risque qu’implique la situation, c’est-à-dire la possibilité d’être affecté par une situation de danger. Lorsque les risques sont connus, vous avez la possibilité de choisir le niveau de risque auquel vous acceptez de vous exposer.

Pour reprendre la première mise en situation, si vous savez que le quartier a mauvaise réputation, et qu’à cette heure le risque d’être agressée est élevé, vous choisirez de réduire le risque de façon intelligente, selon vos perceptions et vos capacités. Les décisions sont multiples: sortir en boîte ou non, mettre la mini-jupe ou un jean, rentrer avec les autres ou seule, prendre le bus ou le taxi… Chacune de ces décisions affecte le niveau de risque de la situation.

Dans certains cas, l’information n’est pas disponible, ou difficile à obtenir : comment prédire la probabilité que l’on se fasse percuter par des pierres se détachant de la paroi d’une falaise ? Dans toutes les situations de notre vie, dans chaque choix que l’on fait, des risques sont présents.

Mais on ne s’empêche pas de vivre pour autant.
La bonne nouvelle, c’est qu’on gère le risque !

A la question « C’est pas trop dangereux, l’aventure ? ». la réponse éclairée est: « Oui, il y a du danger, et je choisis le niveau de risque auquel je m’expose! »

 

La gestion du risque


La gestion du risque, c’est l’analyse des risques potentiels liés à une situation et la mise en place de mesures préventives afin de diminuer le niveau de risque.

Un exemple concret : l’auto-stop

Faire de l’auto-stop est une activité qui présente ses risques propres (accident de voiture, agression, vol, enlèvement…). Quels sont les facteurs affectant le niveau de risque de la situation ? Pour certains facteurs, vous avez une connaissance intime de la situation : votre degré d’expérience, votre connaissance des langues, l’heure et l’obscurité, votre entraînement physique, votre aptitude à vous défendre…

D’autres facteurs sont complètement indépendants de votre contrôle : votre sexe, votre constitution physique, la criminalité locale, le type de personne qui s’arrêtera pour vous, l’état de la voiture, etc.

Enfin, il existe pour toutes les situations un certain nombre de facteurs sur lesquels vous pouvez exercer une influence : vos vêtements, l’heure du départ, faire du stop seul ou accompagné, monter ou non dans une voiture, tenter de quitter une voiture… Prendre conscience de ces facteurs et effectuer des choix intelligents est votre principal outil face au risque.

Risquer

Rire, c’est risquer de paraître fou ;
Pleurer, c’est risquer de paraître sentimental ;
Rechercher les autres, c’est s’exposer aux complications ;
Dévoiler ses sentiments, c’est risquer de montrer sa vraie nature ;
Traîner ses idées, ses rêves devant la foule, c’est risquer de les perdre ;
Aimer, c’est risquer de ne pas être aimé en retour ;
Espérer, c’est risquer le désespoir ;
Essayer, c’est risquer l’échec.
Mais il faut prendre des risques car ne rien risquer c’est plus hasardeux.
Celui qui ne risque rien, ne fait rien, n’est rien.
Il peut éviter la souffrance et la tristesse
mais il ne peut apprendre le vrai sens des sentiments,
du renouvellement, de la sublimation, de l’amour de la vie.
Enchaîné par ses certitudes, il est esclave, il a abandonné la liberté.
Seul celui qui risque et se risque est libre…
Albert Coccoz, guide de haute montagne disparu dans une avalanche

Risque vs Bénéfice

Vous aurez compris que le danger est partout, et qu’on est constamment exposé à un certain niveau de risque : quand on traverse la rue, quand on conduit un véhicule, quand on mange des légumes achetés au supermarché…

Vous constaterez également que pour certaines activités, il y a certains risques pour lesquels l’information n’est pas disponible. La voiture qui arrive à notre droite vous foncera-t-elle brusquement dessus ? Le conducteur perdra-t-il soudainement le contrôle de son véhicule ? Impossible de le savoir. Pourtant, malgré le risque, vous continuez à traverser la rue. Pourquoi ? Parce que vous jugez que ce choix vous apporte un grand bénéfice comparativement au niveau de risque qu’il implique. Si vous avez besoin d’aller de l’autre côté de la rue, vous regardez des deux côtés, puis bravez le risque… Et traversez !

Ce choix est absolument personnel. Dans la même situation, une autre personne décidera de ne pas regarder des deux côtés et de prendre un risque supplémentaire, tandis qu’une personne se déplaçant avec difficulté le fera seulement s’il y a quelqu’un pour l’aider.  Tout dépend de votre expérience, votre niveau de confiance, le degré d’information et votre sens de l’aventure.

Pour lire un exemple d’analyse de risque associé au voyage, référez-vous à l’histoire de mon kidnapping en stop.

Vers de nouveaux sommets : exemple de l’escalade

La pratique d’une activité à fort danger potentiel, comme l’escalade ou d’autres sports de nature, est un très bon moyen d’apprivoiser le risque. En escalade, le danger lié à la chute est la mort, mais le risque peut être réduit très près de zéro dès le moment où le pratiquant est conscient de ce danger et s’organise en vue de maîtriser le risque.

Le processus de progression en escalade est similaire à celui d’un grand voyage : la peur de l’inconnu, l’apprentissage progressif et conscient, l’acquisition de techniques, forces mentales et physiques. De fil en aiguille, ces éléments permettent d’être à l’aise dans la pratique: bonne gestion du stress, des ressources physiques, anticipation des difficultés, planification des actions. Libre ensuite au grimpeur de s’engager dans une voie, conscient des tenants et aboutissants.

Choisir le risque consciemment

Certaines manières de voyager vous semblent dangereuses ou trop difficiles pour vous ? Pas de panique ! Pensez un instant au danger dans votre vie de tous les jours, à votre exposition au risque. Dans la grande majorité des crimes, la victime connaît l’agresseur…
Les homicides comptent pour moins de 0,1 % de la mortalité en France, contre 0,9 % d’accident de la route, 1 % de chute accidentelle et près du double de suicide. 
Évidemment, notre perception du danger est affectée par l’information bombardée par les médias : vous avez 30% de chances de mourir d’un cancer, presqu’autant d’une maladie cardio-vasculaire et pourtant, c’est un souci bien moindre que l’agression potentielle par un inconnu…

Peut-être qu’au final vous déciderez qu’une pratique est trop risquée pour vous et vous vous abstiendrez de la pratiquer. Pas de problème ! Au moins, vous serez fier d’avoir pris cette décision pour vous-même, consciemment, intelligemment.

Attention !
Le plus grand danger est l’ignorance même du risque.

Bien souvent, notre peur est déraisonnable, et c’est un frein qui nous empêche de partir à l’aventure. Pour se protéger, on se limite à certaines pratiques, actions, lieux, contacts, bref à  un environnement qui nous est familier et que l’on nomme zone de confort. A l’intérieur de cette zone, on accepte le risque en contrepartie des bénéfices, d’un certain mode de vie. On s’y sent apte à agir et à réagir, à vivre et survivre, à se défendre.

Cette zone n’est pas déterminée à la naissance: elle évolue avec le temps, avec l’information et avec l’expérience. Vous pouvez choisir délibérément d’élargir votre zone de confort. Voici quelques pistes à explorer avant de vous lancer à l’aventure:

  • Préparation mentale : analysez les risques associés avec une pratique. Quelles sont vos peurs, vos blocages, vos préjugés? D’où proviennent-ils? Sont-ils raisonnables? Quels sont les scénarios possibles? Prenez du recul, gardez votre sang froid. Imaginez le pire, et vivez-le intérieurement. Planifiez vos réactions en cas d’urgence. Votre imagination est un endroit sécuritaire dans lequel vous pouvez vous permettre d’expérimenter, de valider vos réactions, de vous entraîner à réagir à des situations hors de votre zone de confort.
  • S’informer : obtenez une information précise, récente, de source sûre et objective. Dans le cas du voyage, vous pouvez par exemple obtenir des conseils de voyageurs qui ont une expérience directe de la destination où vous allez. Évitez d’accorder de l’importance à l’opinion des gens qui ne voyagent pas à votre manière, car ce sont leurs peurs qu’ils projettent, et vous avez bien assez des vôtres à gérer !
  • Expérience : l’expérience vous permettra de valider l’information et d’acquérir une connaissance intuitive de la pratique, au-delà de toutes les analyses rationnelles. Pour élargir votre zone de confort, augmentez le défi de façon progressive, en commençant par exemple en terrain connu ou accompagné d’une personne expérimentée. Respectez votre rythme !
  • Préparation physique : dans certains cas, un cours d’auto-défense, d’arts martiaux, une amélioration générale de votre condition physique ou un cours de spécialisation particulier (par exemple de langues, de navigation) vous permettra de vous sentir plus apte à affronter les situations nouvelles.
  • Moment opportun : être reposé ou du moins stable émotionnellement vous permettra d’adopter une attitude positive au moment de la sortie hors de votre zone de confort. Vous serez d’autant plus vigilant et alerte, ce qui minimisera le risque.
  • Préparation matérielle : posséder le bon équipement (et savoir s’en servir!) peut faire la différence entre le confort et l’aventure. Mais avouons-le, il est bien rare que ce soit un facteur déterminant (sauf peut-être pour des activités précises comme le camping d’hiver, la navigation, l’escalade et d’autres sports extrêmes).

Attention! Les gens ont tendance à surestimer l’importance de la préparation physique et matérielle. Ne cherchez pas des excuses, et prônez une approche globale et graduelle pour vous sentir légèrement en déséquilibre, et augmenter progressivement votre confiance en soi.

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3 Commentaires for “La gestion du risque appliquée au voyage et à l’aventure : stratégies de sécurité face au danger”

dit :

Notre vie est explorée au risque avec chaque décision qu’on prend. Certes comme le risque est inattendu on doit etre attentive dans nos décisions , aussi on doit etre preneur de risque chose évidente en vivant une dangereuse aventure par exemple. Etre audace nous aide parfois à prévoir le risque dans un avenir incertain.

dit :

Effectivement je rejoins tout à fait ta réflexion. La gestion du risque et sa perception sont vraiment très personnelle et en définitive il n’y a que nous même qui pouvons décider de le prendre ou non. Se connaître soi même est un préalable indispensable. Merci pour cette découverte.

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