Lectures : Le monde en stop de Ludovic Hubler

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Le monde en stop de Ludovic Hubler

Mon évaluation : 5 étoiles sur 5

Hors du commun par nature, ce récit de voyage relate un tour du monde en auto-stop étalé sur cinq ans, de sa genèse à son parachèvement en passant par ses préparatifs et son déroulement. Sa forme est principalement chronologique puisqu’on suit le narrateur sur son itinéraire, l’accompagnant dans les décisions qu’il prend en chemin telles que passer trois ans de plus que prévu sur la route, traverser ou non un pays ou une région, etc. Au-delà du défi initial qui est de ne jamais payer pour un transport hors des villes, mis à part pour des excursions ponctuelles, un fil conducteur sous-tend le projet : la démarche pédagogique de l’aventurier. En lien avec des jeunes cancéreux de l’hôpital de Strasbourg, il voyage pour les jeunes, et ceux-ci voyagent à travers lui tandis que les professeurs y trouvent un support pédagogique pour les cours de géographie, biologie, français, arts plastiques, etc.

Après la traversée du Sahara puis de l’Atlantique, après des péripéties à Ushuaïa comme en Colombie, Ludovic arrive aux portes des États-Unis avec une nouvelle idée qui l’amènera à prolonger considérablement son périple en lui conférant un sens profond. S’appuyant sur son expérience concrète de la bonté humaine sur la route plutôt que sur une idéologie théorique ou un idéalisme abstrait, il entame en Amérique du Nord une série de conférences qui lui ouvrent les portes du dialogue interculturel, notamment lorsqu’il poursuit sa démarche de l’autre côté du globe, en Océanie, Asie et au Moyen Orient. Son projet semble alors devenir plus grand que lui-même, tel une mission qu’il se charge d’accomplir. La tâche n’est pas toujours facile, et il le note dès le premier cycle de conférences, alors que les États plus républicains ferment systématiquement leurs portes à ses présentations gratuites.

Ludovic Hubler n’a pas pour vocation de devenir un voyageur-écrivain. Son écriture n’est ni lyrique ni littéraire, elle est plutôt vraie, directe et frappante de sincérité. On imagine très mal l’auteur enjolivant son récit, en quête d’effets de style ! Il vient simplement nous offrir cinq années de son existence, des morceaux de voyage, des bribes de sens, laissant au passage une trace de son parcours et permettant peut-être de consigner des souvenirs qui ne peuvent pas être racontés sur le coin d’une table lors d’une fête de famille. L’écriture lui semble vitale, incontournable afin que l’auteur puisse extérioriser ce qu’il a vécu et inscrire ses mémoires dans l’Histoire.

Le lecteur est averti dès le départ qu’il sera mené autour du monde à la vitesse grand V, puisque ce livre de quelques centaines de pages est extrait d’un manuscrit dont le volume est de quatre fois supérieur. Le rythme du livre s’en ressent, passant parfois d’une action à une autre de façon discontinue, cherchant à offrir aux tranches de vie sélectionnées toute la place qu’elles méritent malgré le manque d’espace tout en tentant de refléter la diversité des expériences. On sent l’auteur contraint et on a parfois on a l’impression d’être un peu catapultés dans son voyage, d’y perdre ses repères. Toutefois, ce rythme est aussi caractéristique des voyages en auto-stop : des liens intenses, créés rapidement, puis abandonnés au destin. L’effort de concision accélère ce phénomène : les personnages entrent et sortent de sa vie au rythme des paragraphes.

Malgré cet effet « diaporama », le lecteur n’est pas dérouté – le récit tient la route ! Ce n’est pas le contenu qui manque mais, parfois, j’ai eu envie de l’interrompre dans sa narration pour lui poser des questions sur son ressenti, ses peurs. On a souvent l’impression d’être dans sa tête, et très peu souvent dans son cœur. Pouvait-il vraiment faire mieux en si peu de pages? Au fil des chapitres, cette sensation de « vécus collectionnés » (exacerbée de quelques statistiques et superlatifs si chers aux aventuriers) s’estompe cependant pour laisser paraître un peu plus de vécu, de défis émotionnels, notamment à partir de son arrivée en Asie et au Moyen-Orient.

C’est un livre incontournable pour ceux qui veulent réaliser un tour du monde aventurier, qui souhaitent devenir nomades avec ou sans auto-stop. Somme toute, il est très bien écrit pour une première œuvre. On a envie de plus. Quels sont les détails qui n’ont pas été dits? Qu’il nous raconte d’autres anecdotes ! Au su du parcours, on a plus qu’envie de « vivre » plus intimement cette route qu’il a fait venir à nous, connaître sa vision du monde et accéder à la sagesse qu’il semble avoir acquise : c’est du moins le vœu que je fais en refermant ce livre.

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