Manifeste du backpacker – Juan Pablo Villarino

Temps approximatif de lecture : 4 minutes
Consejos mochileros
Ya’an, Chine. Le bonheur de se sentir loin de tout.
À lire les histoires de Ludovic, Jérémy et André, on pourrait croire à tort que tous les grands auto-stoppeurs sont Français. J’ai aujourd’hui le bonheur de vous en présenter deux qui sortent de cette norme : Juan-Pablo Villarino et Laura Lazzarino, aussi connus grâce à leur site Acrobata del Camino.

Juan Pablo est argentin et nomade depuis 2005, année où il est monté sur un voilier allant de l’Irlande du Nord à l’Écosse. Cet épisode de bateau-stop fut le début de ses vagabondages à travers l’Europe, le Moyen-Orient, la Chine, le Tibet, l’Inde, la Thaïlande et l’Amérique du Sud. 

De ses voyages au Moyen-Orient est sorti un livre mythique, en espagnol comme en anglais : Auto-stop dans l’axe du mal. C’est l’un des rares récits de voyage couvrant l’Iran, l’Iraq et l’Afghanistan en auto-stop et en mode alternatif, le seul à ma connaissance s’y consacrant.

 

C’est de retour en Argentine qu’il a fait la connaissance de Laura Lazarrino, du blog Los Viajes de Nena, avec qui il partage désormais sa vie nomade et un projet éducatif l’amenant à faire des conférences dans les écoles tout en voyageant.

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d. Agrotécnica de Pergamino

Ensemble, ils ont écrit un livre sorti en novembre 2013, Caminos Invisibles, disponible en espagnol seulement.

Caminos Invisibles 3D
Avant de devenir nomade, Juan Pablo a fait quelques voyages en auto-stop en Europe, ce qui lui a donné l’envie de fonder en 2002 un club de mochileros (backpackers) dans son pays d’origine, Autostop Argentina. Voulant lui impulser une direction initiale, il rédigea alors son manifeste.C’est un honneur et un plaisir pour moi aujourd’hui de publier, avec son aimable autorisation, la traduction française du « Manifiesto Mochilero ».
 

>Manifeste du backpacker par Juan Pablo Villarino

 
Manifiesto Mochilero
Chemin faisant dans le territoire Wayuu. La Guajira, Colombia. 2010
Ceux parmi nous qui sont sur la route depuis longtemps savent que le voyage, c’est plus que de simplement prendre son sac et d’emprunter des route, c’est plus que de partir en stop et apprécier la nature.
 

Nous croyons…

… que la nature humaine octroie plus de possibilités que celles d’obtenir un diplôme et de travailler dans un bureau. De nos jours, notre société envisage les personnes tout juste comme des outils spécialisés. L’efficacité et la productivité sont les valeurs dominantes. Face à cette situation, nous nous proposons de revaloriser la connaissance et l’expérience en tant que valeurs et le voyage comme un moyen privilégié d’y accéder
 
… qu’une société constituée de personnes obsédées par leur autosuffisance au point de ne pas oser demander l’heure à son prochain est le berceau de peuples névrosés, de futurs consommateurs de systèmes d’alarmes et d’analgésiques. Voyager en backpacker et en auto-stop rétablit le contact humain, cette timide flamme…
 
… qu’être responsable, c’est se rendre compte que nous ne vivrons qu’une seule vie, qu’elle se vit jour après jour et qu’une retraite confortable ne justifie pas une jeunesse étouffée. Être responsable, ne signifie pas seulement assumer ses devoirs mais aussi assumer la liberté sans s’attacher à ce qui est contraire à notre nature propre.
 
… que personne n’est vieux tant qu’il ne porte pas son âge comme un fardeau. Il n’est jamais trop tard pour quoi que ce soit. Est vieille une personne qui agit comme on l’attend d’une personne vieille.
 
… que le monde n’est pas un lieu statique, mais plutôt un entremêlement de chemins par lequel des milliards de personnes passent chaque jour, traversant des frontières, pataugeant dans les rivières ou escaladant des montagnes…
 
… que dans ce monde il fait aussi bon vivre, que les personnes qui y transitent partagent quelque chose de beaucoup plus fort que leurs différences, sans égard à leur race, leur religion ou leur profession. Ces personnes sont intrinsèquement bonnes.
 
… que l’univers prend soin de nous et qu’une journée de travail de douze heures est bien plus dangereuse que de faire du stop… 
… que personne ne fait face au danger parce qu’il sort de chez soi, nous croyons que les villes sont bien plus dangereuses que les routes, les montagnes et les lacs.
 
… que l’argent n’est pas un ítem obligatoire dans nos bagages, car personne ne se nourrit d’argent. On ne fait pas les choses qu’avec de l’argent. Les relations humaines ne peuvent pas s’exprimer en valeur commerciale. Un sourire peut valoir des millions…
 
… que tous les voyageurs peuvent apprendre les uns des autres, que personne n’a la science infuse et qu’il y a toujours quelqu’un pour qui cet endroit que nous connaissons par cœur est un nouveau lieu à découvrir.
 
… que le vent qui caresse notre visage peut être un vaccin contre la routine…
 
… que la simplicité est une valeur à revendiquer, tel qu’un bout de pain maison mangé au bord de la route est plus près de notre essence qu’une hypothèque ou des vacances de quinze jours payées sur trois ans…
 
…que nos buts ne sont que des prétextes pour nous laisser bercer par le hasard et nous exposer aux arrêts imprévus, aux villages cachés et aux milles possibilités, faisant de chaque point sur la carte une anecdote.
 
… qu’avec chaque voiture qui s’arrête au bord de la route nous viennent de nouvelles opportunités, que cet instant reconstruit à la fois notre voyage et notre vie.
 
Nous croyons que la route est la vie. (Jack Kerouac 1922-1967)
 
… qu’épargner de l’argent n’est pas l’objectif premier du voyage en stop. L’auto-stop est une superbe façon d’en apprendre sur les terres que l’on parcourt, sur les peuples qui les occupent et leurs traditions.
 
… qu’une carte routière contient plus d’adrénaline que n’en contiendra jamais un épisode de Loft Story, que le bonheur ne s’hérite pas ni ne s’obtient en étant sauvé par un vote par SMS…
 
… que la félicité constante est une des formes cachées dans lesquelles œuvre la mort. (Julio Cortazar 1914-1984)
 
… que le voyageur est prisonnier d’un paradoxe : vouloir faire le tour d’un circuit infini…
… que si vous avez lu ce texte jusqu’ici, vous ne devriez plus attendre et songer à votre propre voyage autor du monde. Pour votre préparation, vous trouverez des idées sur ce blog et de l’inspiration dans nos livres.
 
Par-dessus tout, nous sommes amoureux de la route et souhaitons la partager !
 
Aprender a querer el camino
Mochima, Venezuela. 2011

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