Un film d’auto-stop : Route 219

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Route 219 par Yohann Guignard
(2008, 52 minutes)

Juillet 2006, Adrien a soif d’aventure. Il prend son sac à dos et part à pied sur les routes d’Asie pour un voyage fou et solitaire. Un an après son départ, son frère le rejoint au Kirghizstan, caméra au poing, pour filmer les rencontres et les doutes qui l’accompagnent tout au long de son voyage. Sur la route 219, qui conduit jusqu’à Lhassa au cœur du Tibet, le film porte un regard intime et complice sur ce frère qui repousse sans cesse ses propres limites.


Il m’a fallu chercher et chercher sur la carte pour trouver la route 219, celle qu’ont emprunté Adrien et son frère Yohann pour se rendre au Tibet au départ de Bishkek. Bien que les camions y passent, on ne peut pas dire que le sentier soit bien battu. La route chinoise reliant Kargilik, à 250 kilomètres au sud de Kachgar, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, à Lhassa, au Tibet, en passant par l’Aksai Chin n’est pas très fréquentée des étrangers. En effet, l’aridité des hauts plateaux himalayens ainsi que la forte poigne chinoise jugulent l’intérêt des touristes et leur capacité à se déplacer librement sur cette route.

Adrien et Yohann Guignard

Dans ce road-movie, nous retrouvons Adrien en route vers le Tibet en auto-stop. Habitué des voyages aventuriers en solo, il est cette fois accompagné de son frère qui le filme, se mettant également parfois en scène. Il s’agit donc d’un fragment de voyage posant des défis particuliers, tant au niveau de la communication que de l’isolement du décor dans laquelle l’histoire se déroule.

Le film a pour seul scénario de suivre Adrien sur ce trajet. Aucun autre fil rouge n’est mis en valeur, ce qui donne à la fois un résultat poignant de vérité, très juste et en phase avec l’esprit de l’auto-stop, ses rencontres, ses attentes et ses frustrations. En contrepartie, le storytelling laisse un peu à désirer. La narration prend parfois la forme d’incursions narrées dans le journal de bord du réalisateur, mais ça ne permet pas vraiment d’approfondir le fil de l’histoire puisque sa présence en tant que personnage n’est assumée que tardivement. Adrien, haut en couleur, me semble bien représenter le type de voyageur aventurier entêté qui vont plus loin que les frontières ne le permettent, frôlant parfois l’inconscience et la folie tout en paraissant incroyablement posé, stable voire enraciné. Il démontre rarement de l’impatience et fait des efforts considérables pour entrer en communication avec les gens qu’il rencontre tout en nous laissant entrevoir une personnalité forte. C’est peut-être un fou, mais c’est le genre de fou avec qui j’aimerais bien boire quelques bières… Surtout avant de reprendre la route !

J’ai trouvé un peu dommage que le film ne soit pas sous-titré puisque souvent sur la route les bruits de fond sont important et avec le fort accent de Adrien, je n’arrivais pas à discriminer tout ce qu’il disait. Ça aurait été tout aussi intéressant de comprendre a posteriori les échanges entre les protagonistes et les locaux tandis que nous sommes dépendants des explications qui nous sont données par les comparses.

Quant aux images, je serais bien mal placée pour me plaindre ! Pour qui s’intéresse à ces régions, ces images rares du Tibet et des vastes plateaux de la cordillère du Kunlun suffisent à justifier de regarder le film. C’est comme une drogue dont on serait en manque après une longue prohibition…

Bref, je recommande ce film aux auto-stoppeurs au long court ayant des ambitions de désert, de Tibet ou de grandes montagnes d’Asie Centrale, mais aussi aux voyageurs fous qui sont peut-être rentrés chez eux trop tôt et à qui la route la moins fréquentée manque viscéralement.

Pour commander le DVD, contactez directement le réalisateur : Yohan Guignard. Notez qu’il est parfois

Pour lire les aventures d’Adrien, allez du côté de son site web, malheureusement plus mis à jour mais toujours en ligne : Planète Pouce

 

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2 Commentaires for “Un film d’auto-stop : Route 219”

dit :

Je découvre complètement ce projet et ça a l’air génial ! Effectivement, voyager en étant paraplégique requiert énormément d’adaptation et force le respect. J’ai hâte de suivre ses aventures en Afrique 🙂

dit :

Je suppose que tu voulais commenter cet article, voilà ce qui arrive quand on lit trop d’articles en même temps 😉 Mais oui, super Intéressant et aussi pas le premier. Parmi les autres voyageurs paraplégiques assez connus, il y a aussi Patrick Segal (L’homme qui marchait dans sa tête, Flammarion, 1977) et le jeune Catalan Albert Casals 🙂

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