Qu’est-ce que le voyage alternatif ?

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

 Voir le monde autrement

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Source : flickr/nestorferraro

C’est une question qui me revient tellement souvent quand je présente la Bible du Grand Voyageur comme un livre de voyage alternatif. C’est quoi, le voyage alternatif ? Fier de son humour légendaire, mon père vous répondrait sans doute simplement :

C’est quand on voyage, puis que l’on arrête de voyager, puis on recommence, voilà, on alterne entre voyage et non-voyage…

Je n’avais pas songé à co-écrire un livre sur le voyage alternatif. Pour nous, la BDGV, c’était le livre des néo-nomades, des voyageurs « comme nous ». On avait écrit tout ce que l’on aimait faire en voyage, du plus quotidien aux trucs plus délirants. On avait ensuite pioché dans la banque d’idée pour approfondir chacune d’entre elles. La sélection s’est faite naturellement.

Lancement BDGV

Une définition spontanée à force de discuter

Maintenant que le livre vit sa vie depuis deux bonnes années, ma définition est devenue la suivante :

Le voyage alternatif, c’est ce qui nous reste à apprendre du voyage lorsque l’on sait utiliser les transports publics, dormir dans les chambres d’hôtel et manger au restaurant. C’est ce que l’on découvre dès que l’on cesse d »utiliser un guide de voyage régional. Ce sont les alternatives à l’industrie touristique pour satisfaire ses besoins principaux et essentiels en voyage.

Le voyage alternatif n’est pas un nouvel Eden du voyageur, un credo à réciter ou une tendance mode – c’est un ensemble de pratiques qui sont à explorer (ou pas) pour sortir d’un certain carcan, d’une voie déjà toute piétinée. C’est également une démarche, un processus qui évoluera au fil du temps.

Les caractéristiques du voyage alternatif

brainstorm intro BDGV

C’est au moment de rédiger l’introduction que j’ai senti qu’il fallait aller plus loin. Nous avions déjà identifié trois facteurs qui nous semblaient évidents  (écologiques, économiques, humain) et un que nous n’arrivions pas tellement à cerner (difficulté ? accessibilité ? aventure ?), mais la plupart des techniques ne présentaient pas les quatre intérêts à la fois.En pleine lecture de Routes : éloge de l’autonomadie de Franck Michel, à grands renforts de citations, j’ai tourné et retourner le sujet jusqu’à proposer six caractéristiques:

Lenteur

Porter attention aux détails, aux transitions géographiques, humaines et culturelles qui sont vécues en douceur au fil de l’eau ou du chemin.

Alternative à : l’avion, le TGV, l’auto-solo, le tour organisé bien rempli…

Sobriété

Répondre à ses besoins réels en minimisant l’utilisation des ressources et en priorisant les savoirs-faire locaux. La sobriété et l’humilité dénote un respect de l’autre et une ouverture à sa réalité. Prioriser

Alternative à : la station de vacances, le « spring break », les voyages de luxe. les croisières, les fiestas en boîte réservées aux touristes…

Échange

Apprendre à se défaire de ses préjugés et à recevoir l’autre culture comme étant ni meilleure ni pire que la sienne, puis partager ses idées et ses connaissances sans les imposer à l’autre.

Alternative à : le non-lieu touristique (la chambre d’hôtel quelconque, le restaurant standardisé), l’aseptisation culturelle, la « consommation » de la culture, la propagande de gouvernements…

Optimisation

Mettre à profit les ressources non-utilisées pour se déplacer (techniques de stop), se nourrir (glanage urbain ou en nature) et s’héberger (chez l’habitant). Le déchet de l’un est la manne de l’autre !

Alternative à : l’auto-solo, les restes générés par l’industrie de la restauration, la spéculation et la transformation du paysage engendrée par la construction d’hôtels…

Éthique

Chaque décision a un impact sur soi-même, sur les autres et sur l’environnement. Le voyageur cherchera à agir de façon juste et équitable et il devra s’informer, questionner pour comprendre et choisir en fonction de ses valeurs.

Alternative à : la production de masse, l’importation de copies bon marché d’artisanat local, l’infantilisation et la folklorisation des populations locales par une industrie appartenant à des intérêts étrangers…

Le développement personnel

Confronter ses peurs et se débarrasser de celles que les autres lui imposent. Se laisser surprendre en acceptant une part de hasard et transformer les contraintes d’argent ou le désir de commodités en opportunités de sortie hors de sa zone de confort pour devenir à l’aise dans une plus grande variété de situations.

Alternative à : la vacance qui sert à reprendre des forces pour le boulot, la déconnexion, le confort, les idées pré-mâchées.

 Pas d’accord ? J’attends vos commentaires ! Quel est le voyage alternatif pour vous ?


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12 Commentaires for “Qu’est-ce que le voyage alternatif ?”

dit :

Très bon article, même si je pense qu’il n’y a pas qu’une seule définition. J’aurai ajouter un point relatif au fait de ne pas être un simple « touriste » mais plutôt un « voyageur actif » avec par exemple le partage d’expériences durant le périple ou le volontariat pour aider certains projets locaux, etc. Mais bon, ce n’est que mon point de vue sur le « voyage alternatif ».

Aussi concernant le paragraphe sur l’optimisation, je suis d’accord sur le mode de déplacement et la nourriture. En revanche, dormir chez l’habitant, je ne vois pas trop le rapport avec l’optimisation ? Est-ce juste un moyen de faire des économies ? Pour moi, dormir chez l’habitant permet surtout d’aborder les cultures locales et entrerai plus dans le paragraphe « échange ».

dit :

Merci Romain ! Oui, le fait d’être actif pourrait être intégré. En jargon, on irait qu’au lieux d’être spectateur (cf la société du spectacle), on devient festivalier… On apporte à la fête !

Pour l’optimisation, il s’agit d’optimisation de l’utilisation de bâtiment. D’un point de vue économique et social, un touriste qui ne va pas dormir chez l’habitant (que ce soit un gîte familial payant, une location traditionnelle ou un hébergement gratuit) participe à la demande pour des infrastructures dédiées (hôtels, résidences secondaires…) ce qui fait augmenter les prix de la propriété avec des effets de spéculation. Les locaux deviennent plus dépendant des intérêts étrangers pour leur emploi dans le tourisme (car les hôtels sont souvent des investissements extérieurs). Les hôtels demandent aussi plus de ressources venant avec le standard de logement (parkings supplémentaires, piscines, matériel jetable) et génèrent plus de déchets. C’est l’ajout de ces infrastructures qui est évité par optimisation du logement existant.

dit :

Great blog, Anick-Marie! It’s been years since I last practised my French and reading your blog I realise how rusty it’s become! Thanks for connecting with us on Twitter, great to bump into another hitchhiking fella 🙂 Good luck on the road!

dit :

Je pense que la définition de ton père reste la meilleure ^_^

Plus sérieusement, je pense que c’est un sujet encore difficile à définir car il reste assez flou pour un grand nombre et n’est qu’une tendance récente dans le domaine de l’Humanité. Il y a eu les grands exploreurs et je suis sûr qu’un jour on dira « il y avait les grands alternateurs » (ou un truc du genre.

dit :

L’utilisation du mot « alternatif » se définit toujours face à un standard ou une majorité, alors forcément, elle aussi, elle alterne. J’ai quand même mis un moment à saisir ce qui différenciait mon sujet du tourisme de façon général, et à réaliser que mon espace blog s’intéressait presqu’uniquement au voyage, avec un très faible recoupement vers l’industrie touristique. Mais bon, avec l’industrialisation du covoiturage et de l’hospitalité directe, c’est clairement une histoire à suivre…

dit :

Belle définition du voyage alternatif ! Tu as sacrément décortiqué la bête 😉
Moi j’ai l’impression qu’un voyage alternatif, c’est avant tout un voyage personnel, qui ne ressemble à aucun autre, avec sa part de hasard, d’imprévu, de rencontres, de déceptions, d’erreurs…
Le voyage devient alternatif à partir du moment où le voyageur prend les commandes au lieu de suivre les itinéraires fléchés. Il fait un autre voyage, c’est à dire le sien, unique, aiguillé par la curiosité et l’envie de se frotter à une réalité inconnue qui reste à découvrir. J’ai l’impression que la curiosité est au coeur du voyage alternatif. On le dit alternatif aujourd’hui pour le démarquer de l’industrie du tourisme. Mais au fond, ce qu’on appelle aujourd’hui voyage alternatif, c’est ce qu’on appelait voyage hier quand le tourisme n’existait pas, non ?

dit :

ce qu’on appelle aujourd’hui voyage alternatif, c’est ce qu’on appelait voyage hier quand le tourisme n’existait pas, non ?

Ça pourrait être effectivement le cas. Et loin de moi l’idée de dire : « Voici ma certification, je voyage 100 % alternatif ! » C’est pas vrai, d’abord, et je ne suis pas normative en la matière. Je ne crois pas que le voyage alternatif soit par essence mieux que l’industrie touristique (à quelques exceptions mesurables près, notamment l’empreinte carbone). Une masse de touriste alternatifs peut très bien commodifier, consommer et épuiser un paysage. Ce n’est pas une sinécure !

dit :

Bonjour.

Qui dit « voyage alternatif », sous-tend la question : « alternatif… à quoi? »

On dira volontiers « au tourisme de masse », de Club Merde et de resorts à la Cancun… On dira « backpacker », « routard », « authentique », « rencontre de locaux ». Avec le temps, je ne compte pourtant plus les « voyageurs » qui, pour ne pas agir comme ceux dont ils rient qui vont dans les stations balnéaires aseptisées, ne se comportent pas moins comme des cons-sots-mateurs sautant d’un lieu à l’autre comme on va du rayon conserves au rayon poissonnerie dans un monde fait supermarché de l’émerveillement lonelyplanétisé…

Pour moi, je dirais que le voyage alternatif, ça peut être celui que guide une passion : la découverte de l’art, la pisciculture, la musique, le goût de la lenteur (voyages à vélo, à pied, en voilier…), la curiosité intellectuelle pour le « non-lieux » (ce que tu mentionnes ou évoques). Je signale, à titre d’exemple, le merveilleux blog de voyages de Darmon Richter, TheBohemianBlog.com : urbex, explorations de villes à demi fantômes, lieux de mémoire ou de traumatismes historiques.

Personnellement, j’ai posé mes valises auprès de ma femme au Guatemala, et je ne m’en porte pas mal. 🙂 Et je prends un plaisir vif à la découverte, en immersion, d’un pays, de son histoire (que je connais maintenant mieux qu’une majorité de Guatémaltèques !), de ses particularismes. « Découvrir l’Autre », cela requiert une longue patience. Mais s’agit-il encore de voyage au sens de mobilité géographique? Plus tout à fait. En fin de compte, il y a dans le voyage, alternatif ou pas, une part de superficialité qui m’a toujours un peu gêné. Elle n’est pas mauvaise en soi, loin de là, mais elle épargne au voyageur l’engagement, la fidélité à un lieu, et interdit au total une compréhension pleine de l’altérité singulière d’un lieu, tout en ayant la vertu d’altérer aussi les certitudes ethnocentriques (surtout dans les voyages longs avec une ou plusieurs immersions).

Altérité, altérer, alternatif : voyager, c’est aussi devenir « alter », un autre, au fond.

Au plaisir de te lire,

A+

dit :

Wouhahou merci pour ce partage et ce point de vue que j’embrasse avec entrain ! Oui, oui, oui ! Ta réflexion coïncide bien avec la mienne. Tu trouveras sans doute des échos chez Jean-Didier Urbain, mais surtout chez Franck Michel et Rodolphe Christin, anthropologue et essayiste des détours, respectivement. C’est facile de tomber dans le manichéisme, mais résistons à cette facilité ! Je préfère de loin le voyage par immersion (dans une ville, plusieurs mois, un prétexte…) et partage ton analyse du voyage comme « superficiel » (par opposition à la profondeur d’un enracinement), sans forcément émettre de jugement de valeur.

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