Voyage au Gabon – Prologue

Temps approximatif de lecture : 4 minutes

Trois Rivières, décembre 2002. Je ne suis pas une grande autostoppeuse, ni même encore une petite.

L’espace d’une année, j’ai pu émerger de la très grande pauvreté et précarité que j’ai connue tout au long de mes études : non seulement j’ai été reconnue comme pupille de l’État suite à ma situation familiale particulière, ce qui me rend boursière d’office, mais des sommes d’assurance perçues dans mon enfance pour un grave accident automobile me sont enfin accessibles. Je prépare une licence, j’ai un toit sur la tête et je mange à ma faim.

Je ne connaissais personne en arrivant dans cette ville, maintenant j’y ai quelques amis, notamment des étrangers qui passent autant de temps que moi dans les couloirs de l’université. J’ai même une voiture et un fiancé à Montréal. Covoiturant depuis quelques années déjà comme passagère, je m’inscris aux listes universitaires pour prendre véhiculer mon tour des piétons dans ma petite trois portes rouges au sièges recouverts de fausse fourrure. Je surnomme la mignonne « Heart of Gold » sans doute grâce à la graine d’autostoppeuse déjà plantée en moi. Les plus geeks y reconnaîtront le nom du vaisseau spatial fonctionnant à l’improbabilité dans le Guide du voyageur galactique (Hitchhiker’s Guide to the Galaxy) de Douglas Adams… Malgré le froid, le sel et le vent, elle mène toujours mon équipage à bon port sur la grosse centaine de kilomètres qui me séparent de la métropole. J’ai de l’argent certes, mais pas tant que ça.

C’est ainsi que nous nous sommes rencontrées, ma Gabonaise et moi. « Je suis noire de la tête aux pieds, mais j’ai des tresses bleu électriques. » À vrai dire, sur ce descriptif, j’imaginais une lolita gothique, pas une Africaine audacieuse affrontant les rudesses de l’hiver canadien…

Le courant est passé, les semaines et les trajets aussi. De fil en aiguille, nous sommes devenues amies. L’année suivante, je partais étudier en France, à Montpellier. J’ai rencontré ses soeurs qui vivaient en région parisienne – elles ont adouci mon arrivée en terre inconnue, sur l’Ancien monde.

Six mois plus tard, entre ras-le-bol et choc thermique, elle rentrait en France. L’on devait se revoir et échanger souvent, assez pour qu’elle m’invite à revenir l’embêter dans son écrin cristolien trois ans plus tard, alors même que j’étais au coeur d’un épisode dépressif.

Ce fut l’élément déclencheur de ma vie nomade sur ce continent – rien que ça !

Paysage de la réserve de la Lopé au Gabon
Crédit photo : Flickr/jbdodane

Les années passent et la vie change. Ma belle quitte la région parisienne et redémarre sa vie au Gabon. Loin des yeux, loin du quotidien : nous n’avons pas pu nous revoir depuis cette époque là, avec une vague promesse toutefois : « Je viendrai te voir à Libreville l’an prochain. »

Mais l’année suivante, l’an prochain est toujours dans un an, et ma situation est encore plus précaire d’une année à l’autre. Une chose est sûre, quand j’aurai officiellement émigré vers l’Europe, il me sera plus facile d’aller explorer d’autres continents, de poser les pieds en Afrique, en Asie du Sud-Est…

***

Hiver 2018, légalement résidente en France depuis quelques mois.

Mes finances sont encore bien maigres, mais ma vie n’est plus aussi précaire. « Alors, tu viens quand au Gabon ? » J’en glisse un mot à mon mari, il va sans doute trouver ça trop balèze, et puis à peine installée, voilà que je parle de repartir. Il va froncer les sourcils, je le sens.

Mais sa réaction est tout autre. À l’évocation de l’invitation, il se projette dans la savane « avec sa guide Lonely Planet », il s’imagine dans l’inconnu et l’exotisme du continent africain. Le voir ainsi enthousiaste m’émeut. Il me promet de s’impliquer plus que jamais dans l’organisation de cette aventure amoureuse et permettre ainsi des retrouvailles amicales sur un troisième continent.

C’est ainsi qu’est née l’idée de ce voyage au Gabon. L’an prochain, c’est cette année. On s’y rend sans grandes idées préconçues, sans attentes autres que de passer un bon moment de vacances en famille auprès d’une amie de très longue date.

Quelques informations sur le Gabon

La République gabonaise est située sur la côte Atlantique de l’Afrique centrale, face au golfe de Guinée. Traversé par l’équateur, le pays possède des frontières avec la Guinée Équatoriale et le Cameroun au nord et avec le Congo à l’est.


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Sa superficie est un peu moins de la moitié de celle de la France et sa population est inférieure à 2 millions. Sa densité de population s’approche donc plutôt de celle du Québec.

Pays de forêts équatoriales, de plaines côtières et de plateaux de savane, le Gabon principalement drainé par un fleuve majestueux, l’Ogooué. Plusieurs provinces portent d’ailleurs son nom : Haut-Ogooué, Moyen-Ogooué, Ogooué-Ivindo, Ogooué-Lolo et Ogooué-Maritime.

Carte administrative du Gabon
Source : Le pratique du Gabon

Très majoritairement francophone, le Gabon a obtenu son indépendance en 1960, en même temps que plusieurs autres colonies françaises de la région. Doté de ressources naturelles abondantes, notamment pétrolières, forestières et minières, son économie est parmi les plus stables du continent et son indice de développement humain (IDH) est le plus élevé de la zone subsaharienne.

Ses atouts et son potentiel pour le tourisme :

  • Sa biodiversité, une des plus élevées au monde. On pourra notamment la découvrir dans le Parc national de la Lopé, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Ses réserves fauniques, particulièrement pour ce qui est des gorilles, des chimpanzés, des éléphants et de quelques espèces rares comme le pangolin, le Picatharte du Cameroun ou le Cercopithèque à queue de soleil.
  • Ses espaces vierges, forêts et plages peu aménagées, propices au tourisme d’aventure

A priori, je repère déjà quelques défis pour les voyageurs indépendants :

  • Une industrie touristique bourgeonnante, avec des informations éparses et peu à jour, l’absence d’un guichet unique.
  • La nécessité d’obtenir un visa avec un processus incertain, s’étalant parfois dans la durée.
  • Un contexte politique délicat, sur lequel il vaut mieux s’informer avant de partir afin de mieux comprendre la population et ne pas commettre de faux pas.

Notez que je ne m’étendrai pas sur les tenants et aboutissants de la politique gabonaise dans mes récits. Les publications abondent sur ce sujet, alors que les données pratiques pour le voyage sont encore une denrée rare. N’hésitez pas à aller assouvir votre curiosité sur de grands sites d’actualités francophones réputés fiables comme France 24 ou Jeune Afrique.

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