Autostoppeuses fantastiques – Florence – Je te Poussce

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On s’est rencontrées au festival d’auto-stop Hit the road de Stop & Go, mais on avait déjà beaucoup échangé au téléphone. Florence a une idée géniale : tenter de fédérer les stoppeurs de façon informelle à l’aide d’un symbole permettant de se reconnaître entre eux, mais aussi de souligner les bonnes relations avec les conducteurs. C’est ainsi qu’elle a créé le réseau Je te poussce dont elle va nous glisser ici quelques mots.

Mais d’abord, découvrons son histoire fantastique d’auto-stoppeuse !

Qui es-tu ? Présente-toi en quelques mots pour les lectrices de Globestoppeuse

Je m’appelle Florence, je vis à Bordeaux. Je travaille en tant qu’artiste-designer sur la notion du don et de la gratuité.

Par exemple, en ce moment je réalise des projets sur la thématique du glanage dans tous ses états : chez les particuliers, producteurs, supermarchés, etc. Je travaille aussi sur un projet permettant de valoriser l’auto-stop. Je fais partie de plusieurs associations, notamment celle de Stop & Go Bordeaux qui organise des voyages en auto-stop.

Comment décrirais-tu ton style de voyage ?

Mon style de voyage est local, je préfère ne pas avoir de destination, je vais là où les personnes me conseillent d’aller. Je cherche à rencontrer les personnes vivant sur le territoire où je suis afin d’apprendre leurs coutumes, leurs anecdotes, leurs vies au quotidien, les lieux qu’ils fréquentent et qu’ils aiment le plus.

Voyager sans argent sans l’avoir demandé, partager un repas, une chambre ou un morceau de terrain pour planter ma tente… Ça me procure une joie immense à chaque fois que l’on me le propose et me donne espoir (même si je n’en doute jamais) envers les valeurs et la philosophie du don et de la gratuité.

Tu es une auto-stoppeuse. Que penses-tu du stop ? Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Pour moi, le stop permet de vivre une liberté face au temps et à l’espace ainsi que de rencontrer des personnes, découvrir des paysages, des éléments, des avis, des points de vue sur nos vies et sur les éléments qui nous entourent.

Par rapport au temps, il régit toutes mes actions quotidiennes. Le temps est de l’argent avec la notion de rémunération à l’heure… Dès que je tends le pouce, le temps n’a plus d’emprise sur moi, ce n’est pas lui qui orchestre ma journée, mais les personnes qui m’entourent, qui vont me prendre pour partager ensemble un voyage.

L’espace quant à lui m’est restreint avec la notion de propriété, je me sens constamment chez quelqu’un ou chez moi, j’ai peu la possibilité de m’approprier l’espace dit « commun », et lorsque cela ce fait, il est la plupart du temps également monétaire. Lorsque pour un trajet je prends les transports en commun par exemple, ou ma voiture, ou mon vélo… Le seul moment où j’ai la liberté totale de me déplacer dans l’espace gratuitement, c’est lorsque je marche ou lorsque je fais de l’auto-stop.

Mais l’auto-stop a surtout un élément qui pour moi fait qu’il est le meilleur moyen de se déplacer : les rencontres. En effet, pour moi, la gratuité du déplacement dans l’espace et le détachement au temps sont des éléments annexes au fait que le l’auto-stop, c’est avant tout l’occasion de faire des rencontres et apprendre des autres. Les relations, les histoires que j’ai vécues en auto-stop sont tellement riches, c’est avant tout l’échange entre ces personnes qui font que j’aime tant l’auto-stop.

Être une femme, en voyage, pour toi, ça change quoi ?

Je ressens comme un privilège d’être une femme, car les stéréotypes de la femme inspirent la confiance et la bienveillance. De ce fait, j’ai vite remarqué que j’étais davantage prise en auto-stop seule qu’un homme, ou même que lorsque je voyage avec un homme.

Il y a aussi les craintes face aux menaces d’agression sexuelle. Je dois être constamment sur mes gardes. Même si je n’en ai jamais eu besoin, je me suis renseigné sur les comportements à avoir, notamment par la communication non violente. J’aimerais également prendre des cours de self-défense pour pouvoir être plus sereine et savoir réagir correctement face au danger.

Ce que ça change aussi, c’est que je ne peux pas me mettre en robe pour faire de l’auto-stop. J’espère qu’un jour, l’auto-stop sera tellement démocratisé, que nous pourrons voyager comme on est, sans être jugée par les stéréotypes sur notre apparence.

Tu as fondé un site Web et projet fort intéressant, Je te Poussce. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?

Je te poussce est n du constat, lors de mes voyages et échanges avec d’autres pouceux et pousseurs, de la confiance entre les personnes pratiquant l’auto-stop qui se crée en quelques secondes lorsqu’on décide d’accepter un lift.

C’est cette prise de décision qui a mon sens doit être encouragée, valorisée et rendue visible afin de démocratiser la pratique de l’auto-stop. C’est pour cela que j’ai créé Je te poussce, un réseau d’auto-stop basé sur le don d’un foulard entre pousseurs (conducteurs) et pouceux (auto-stoppeurs) se faisant confiance.
Une fois un foulard reçu, il sera bientôt possible d’en commander d’autres gratuitement sur le site afin qu’à leur tour, les personnes puissent donner un foulard à des pousseurs et pouceux de confiance.

Un conseil pour les femmes voyageuses ?

Si j’ai un conseil, ce sera pour les femmes qui hésitent encore à faire de l’auto-stop et qui pourtant en ont envie : lancez-vous, osez dépasser les préjugés. Voyagez dans un premier temps accompagnée d’une personne ayant déjà fait de l’auto-stop afin de connaître les bonnes pratiques et astuces. Puis, partagez, échangez sur vos doutes et vos peurs avec d’autres auto-stoppeuses. Faites-vous confiance et suivez votre instinct.

L’équipe JE TE POUSSCE

 

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