Lectures : Jusqu’au bout de la terre – Amélie et Marion Laurin

Temps approximatif de lecture : 3 minutes


Ma note : 4 étoiles sur 5

Deux sœurs passionnées de voyage décident de traverser les Amériques en mode « aventure ». Elles planifiaient initialement de s’acheter un van et de remonter de la Patagonie à l’Alaska, mais rien ne se passe comme prévu et c’est tant mieux. Amélie et Marion se retrouvent donc au bord de la route pour ce qui deviendra un périple de 80 000 km en auto-stop sur deux ans.

Ce matin, nous réalisons que l’auto-stop est une des clés de ce voyage. Bien sûr, ça permet de se déplacer sans limites, mais c’est aussi un excellent moyen de multiplier les rencontres. Avec du temps et de la flexibilité dans l’itinéraire, on se laisse guider.

L’auto-stop est généralement présenté dans les récits comme une finalité en soi, le cœur du concept. Ici, l’auto-stop est abordé comme un moyen de transport accessible dont l’usage semble logique et raisonnable dans le contexte, ce qui colle beaucoup plus à ma vision de la pratique.

Je suis surprise que ce livre n’ait pas eu plus de publicité. Déjà au pitch, son intérêt est multiple :

– un voyage alternatif inspirant, presque exclusivement réalisé en auto-stop, hébergement chez l’habitant et autres techniques alternatives ;
– un voyage de femmes qui n’hésitent pas à aborder les aspects genrés de leurs rencontres en documentant le harcèlement, les offres douteuses, mais aussi les portes ouvertes et la surprise des gens ;
– un voyage de sœurs qui implique une gestion fine de l’équilibre de la relation pour tenir sur la durée…

Bref, une recette inédite dans le monde très masculin du récit de voyage !

Sans être forcément de calibre littéraire, sa lecture est aisée et rafraîchissante. J’ai beaucoup apprécié la candeur des sœurs ainsi que leur franchise qui donnent une certaine épaisseur à un récit où tout se déroule un peu trop vite. J’ai particulièrement apprécié le traitement des désagréments de la route, sujet trop souvent relégué aux coulisses par les voyageurs. Insérée au fil du texte sans aucune lourdeur, l’analyse des rapports de genre s’avère un aspect essentiel pour les lectrices qui se projettent dans leur périple. Enfin, la route est pour elles une école et c’est un délice de découvrir leurs questionnements et leurs apprentissages.

On s’endort souvent pendant les trajets, surtout dans les camions qui ronronnent et qui nous bercent. Si l’une veut dormir, l’autre discute avec le chauffeur, et on se relaie. Question de politesse, de convivialité et de sécurité. Toutes les deux endormies, nous sommes très vulnérable. Malgré la gentillesse des gens, le risque est toujours présent.

Du haut de ses 415 pages, ce n’est certainement pas un livre de poche mais plutôt un ouvrage que l’on dévore en se plongeant dans le rythme du voyage façon « beat », la spiritualité en moins. Les chapitres courts s’y prêtent bien, en dépit de longueurs évidentes dans un récit qui prend parfois des airs d’inventaire. Par moments, les détails du quotidien alourdissent un peu la sauce et j’avoue ne pas avoir bien distingué les personnalités de chacune tout au long du récit. Enfin, comme les protagonistes, il ne faut pas trop nous attacher aux personnages tant ils défilent rapidement dans leur vie. Pour un premier récit et vu l’ampleur de l’aventure, c’est plutôt bien ! Mes attentes seraient plus élevées si elles devaient récidiver…

À vouloir se fondre dans la masse, on a perdu nos affaires. Nous insistons pour vérifier qu’elles sont à bord du bon bus. Les chauffeurs ronchonnent, mais nous retournons tout pour les retrouver. En stop, on n’a pas ce genre de problèmes.

Je recommande ce bouquin à tous celles et ceux qui préparent une aventure au long cours dans les Amériques, qu’ils aient l’intention de se déplacer en stop ou non. Il est aussi approprié pour ceux qui comptent voyager à deux, entre amis ou en famille puisqu’il démontre des aspects intéressants de la gestion relationnelle. Enfin, c’est selon moi un nouvel incontournable du voyage en auto-stop qui s’ajoute aux récits de J. Marie, L. Hubler et A. Brugiroux.

Interview des soeurs Laurin pour les Autostoppeuses fantastiques

Site Web de leur aventure

mosaique de photos des deux soeurs Amélie et Marion Laurin dans leur voyage aux Amériques

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