Autostoppeuses fantastiques – Sarah – L’aventurière fauchée

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Comment suis-je tombée sur Sarah ? Elle est apparue dans mon réseau à l’époque où j’ai participé à distance au festival Jeunes Sans Frontières organisé à Avignon par les étudiants de la licence professionnelle tourisme économie sociale et solidaire. Sarah avait pu s’y rendre en personne alors que moi j’étais un peu perdue à Montréal, et les organisateurs ne tarissaient pas d’éloges à son propos, à un point tel que j’en vint à confondre deux personnes – la Sarah qui m’avait invitée, membre du comité organisateur, et la Sarah « Aventurière Fauchée« .

En revenant à ce festival pour apprécier la présence des copines et des poussins-stops (Astrid, Voyagez-nous, SNSTP notamment), j’ai vu que Sarah y était de nouveau invitée et je ne pouvais pas rater cette occasion de la rencontrer ! Nous avons donc pu parler longuement de nos vies et de ses défis, de nos points de vue sur l’éthique du voyage, la fatigue du nomade…

Plus récemment, son livre « Petite » a fait son entrée en librairie. Récit de vie et de voyage, il relate les galères et les grandeurs de la nouvelle coqueluche du voyage alternatif, humble, résiliente et résolument généreuse.

Sans plus attendre, n’ajustez pas votre appareil et découvrez la 30e auto-stoppeuse de cette série, Sarah Gysler !

Qui es-tu ? Présente-toi en quelques mots pour les lectrices de Globestoppeuse.

Je m’appelle Sarah Gysler, j’ai 23 ans, 24 dans quelques jours, et je suis originaire de Lausanne en Suisse. Mon premier voyage solitaire date de 2015, je suis partie seule et en stop, sans argent et sans aucun skills, avec l’objectif de rejoindre le Cap Nord (Norvège) depuis Lausanne (Suisse toujours). J’étais terrorisée. Frêlette au bord de la route, toujours plus ou moins perdue, je ne parlais pas un mot d’anglais…

Pourtant j’ai réussi. Pour la première fois de ma vie, j’ai réussi à mener un objectif à terme. Une vie relancée. Depuis, je ne suis jamais vraiment rentrée, je voyage entre rêves, défis personnels, découvertes et rencontres. Et c’est plutôt cool comme ça.

Comment décrirais-tu ton style de voyage ?

À l’arrache ! Les rares fois où je fais des plans, je ne les suis pas, c’est une catastrophe souvent, mais je le vis bien. J’ai l’impression de découvrir bien plus comme cela.

Généralement, je voyage seule, en stop (voiture et voilier), sans ou avec peu d’argent, je dors chez l’habitant ou dans un hamac, je récupère ma nourriture, la pêche ou la cueille. J’alterne les moments de solitude en autonomie dans la nature et les rencontres extraordinaires, les coins perdus et les grandes villes, le froid sibérien et le sable brûlant.

Je fais parfois du volontariat avec WorkAway ou des associations qui m’intéressent – Sea Sheperd l’an passé – et je voyage plutôt lentement. Parfois j’ai des lubies : genre prendre le Transsibérien, aller aux Philippines, maintenant, tout de suite, partir à la rencontre de nomades en Mongolie… Dans ce cas-là, je bosse quelques semaines/mois et je voyage de manière un peu moins alternative, mais généralement j’évite l’avion. À part ces quelques « pauses-travail », je voyage toute l’année.

Tu es une auto-stoppeuse. Que penses-tu de l’auto-stop ? Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

L’auto-stop représente une merveilleuse manière de rencontrer du monde. Au début, je faisais surtout du stop pour des raisons financières. Le mois passé, je me suis vue lever le pouce devant chez moi – alors même que j’avais un abonnement de bus – parce qu’il faisait beau, que j’étais de bonne humeur, et que « pourquoi pas ?» Ça a été une très belle journée.

L’auto-stop m’a aussi permis de me décoincer un peu, moi qui suis plutôt timide/sauvage, je me suis retrouvée à animer des conversations démentes, à me livrer et à développer une écoute bienveillante. C’est aussi pour cela que je voyage seule, pour ces partages.

Enfin, j’aime l’aléatoire de cette pratique-là. On ne sait jamais qui s’arrêtera, jusqu’où l’on ira, quand l’on partira (ni même si l’on partira). Je me sens tellement libre, le pouce levé vers l’inconnu.

Être une femme, en voyage, pour toi, ça change quoi ?

Que je sois dans ma ville ou dans une autre, Je n’ai pas l’impression que ça change beaucoup de choses, le fait d’être une femme. Après ça dépend du pays. C’est peut-être ça qui change le plus, je sélectionne mes pays.

Le départ est peut-être plus difficile aussi. Les réactions paniquées, les mises en gardes, les tentatives de raisonnement sont peut être plus présentes pour une femme que pour un homme, mais ça dépend beaucoup de son environnement et de ses proches. Au début, j’ai eu beaucoup de mal à gérer le fait que l’on me présume faible et en danger constant alors que moi je me sens tout aussi apte qu’un homme.
Sinon, je rejoins Astrid quand elle dit qu’être une femme est plutôt un avantage sur la route.

 

Tu as récemment publié un livre dans lequel tu racontes certaines expériences en auto-stop, Petite, aux éditions des Équateurs. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots à son sujet ?

Il y a environ un an, j’ai « vraiment » commencé à écrire. Par là, j’entends écrire autre chose que des récits de voyages et des conseils pratiques sur mon blog. J’ai commencé à écrire des textes plus personnels, à chercher des réponses, à analyser ce qui m’entoure… À dégueuler mon âme sur un clavier, en somme. Je crois que ça a commencé juste après ma traversée de l’Atlantique. Ça remue, ces choses-là.

Je me suis mise à lire tout ce que je trouvais, tous les livres des boites à livres, à exploser mon budget en e-books, jusqu’à scruter le dos des paquets de Corn Flakes. Et puis je me suis lancée. J’ai écrit comme une dératée pendant des semaines – faut dire que j’avais des choses à sortir – et plusieurs éditeurs m’ont contactée. Au début, j’y croyais pas, j’ai mis quatre mois à me décider à signer. J’ai écrit le début de Petite et imaginé sa structure sur la route (structure que je n’ai pas suivie, évidement), puis je suis rentrée en Suisse pour m’y consacrer pleinement. Ça a vraiment été difficile, pour être franche, mais six mois après – il y a un mois donc – il sortait en librairie. Et quel accomplissement !

NDLR : Ma critique de Petite par ici !

Un conseil pour les femmes voyageuses ?

C’est pas vraiment un conseil, j’aime pas beaucoup donner de conseils, c’est plus une phrase que j’aime bien :

 Les gentilles petites filles vont au paradis. Les autres, là où elles veulent !

 

Soyons libres, puisque on a la chance de le pouvoir.

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